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our célébrer le second centenaire de la mort de Haydn, d’innombrables labels ont sorti à la pelle des enregistrements de ses œuvres les plus célèbres… louable entreprise, mais n’est-il pas plus judicieux de présenter quelques pièces plus rares ? Donc, chers lecteurs, voilà un des trois concertos pour violon dont la papa-ternité hayndienne ne fait aucun doute (car, célébrité oblige, de nombreux éditeurs n’hésitaient pas à fourguer n’importe quoi sous le nom de Haydn).
Le plus curieux, c’est que le compositeur l’avait certes noté dans son propre catalogue, mais la partition ne fut redécouverte qu’en 1949. On trouve peu de concertos chez Haydn : il les écrivait toujours pour tel ou tel soliste particulier, un peu à la demande. Pour le violon, il s’agissait du Konzertmeister de l’orchestre de Esterházy, Luigi Tomasini, excellent virtuose – mais Haydn ne se fatigue pas à fabriquer de la virtuosité pure : chaque difficulté fait partie intégrante du discours. L’œuvre date des années 1770.
Plus tardif, le concerto pour piano – encore une rareté chez Haydn – en ré majeur comporte un extravagant dernier mouvement à la hongroise, délicieux bonbon exotique qui assura à l’œuvre une place au premier rang de ses pièces les plus jouées. De nos jours, les solistes l’abandonnent un peu, sans doute n’y trouvent-ils pas leur compte en termes de virtuosité ? Tant pis pour eux…
Pour terminer, le Budapest Chamber Symphonie joue la Soixantième symphonie. Car, mesdames et messieurs, il existe quelque 80 symphonies de Haydn avant les dernières, les Londoniennes, et parmi ces œuvres, bien des splendeurs. Cette Soixantième présente force singularités. Six mouvements au lieu des quatre habituels, déjà… Car en réalité, la symphonie fut présentée en musique de scène pour une pièce en cinq actes de Régnard, Le Distrait, d’où le titre. Cinq actes, six mouvements, et pof, d’ici à imaginer que chaque mouvement introduisait un acte – plus un finale –…
Quant à la distraction, l’œuvre n’en manque pas : on est quasiment chez Hoffnung. Dans le premier mouvement, le thème central, délibérément bébête, finit par tourner en rond, se répétant jusqu’au pianissimo, avant que la musique reparte sur tout à fait autre chose. Toujours dans le premier mouvement, Haydn interrompt subitement le discours harmonique pour égrener une quasi-série schönbergienne, absurde, hors toute tonalité, avant de reprendre… dans une tonalité totalement différente de celle qu’il venait quitter.
Le Trio du Menuet, lui aussi, contient quelques absurdités loufoques, dont un thème crétin, sans queue ni tête, sur une basse obstinée. Suit un mouvement lent, marqué Adagio di lamentazione, d’un épouvantable mauvais goût : ligne mélodique vulgaire, harmonies de débutant, fanfare banale et tonitruante au beau milieu de tout cela, accompagnement téléphoné, le tout achevé par huit fois exactement la même mesure débile en guise de fin : manifestement Haydn singe cruellement le mauvais opéra italien de l’époque.
La farce principale vient au dernier mouvement : après quelques accords ânonnant la tonalité principale, l’orchestre s’arrête en plein jeu… et doit se réaccorder, avec moult fausses notes et glissandi. C’est écrit dans la partition ! Haydn et ses musiciens ont dû se gondoler, et le public sans doute aussi.
Détail des pistes :
HAYDN Joseph
Violin Concerto in A major, Hob. VIIa:3
1 - 1 I. Moderato (11mn 48s )
1 - 2 II. Adagio (5mn 16s )
1 - 3 III. Allegro (5mn 25s )
Piano Concerto in D major, Hob.XVIII:11
1 - 4 I. Vivace (8mn 13s )
1 - 5 II. Un poco adagio (6mn 26s )
1 - 6 III. Rondo all’ungherese : Allegro assai (4mn 33s )
Symphony No. 60 in C major, Hob.I:60, "Il distratto" ("Der Zerstreute")
1 - 7 I. Adagio – Allegro di molto (8mn 44s )
1 - 8 II. Andante (6mn 38s )
1 - 9 III. Menuetto e Trio (4mn 27s )
1 - 10 IV. Presto (3mn 03s )
1 - 11 V. Adagio ( di Lamentazione) (3mn 55s )
1 - 12 VI. Finale : Prestissimo (1mn 40s )

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