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  • 1 CD Classique - APR5562
  • Franz Liszt

    Fiorentino Edition, volume 8

Diapason d'or 9 de Répertoire
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Référence : APR5562 5024709155620 - 1 CD 76:42 - DDD - Enregistré en octobre 1997 à la Salle de concert de la Villa Siemens à Berlin - Notes en français, anglais, allemand
En vente sur ce site depuis le 7 mai 2004
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Franz Liszt (1811-1886)

Ballades : N° 1 en ré bémol majeur, S.170 - N° 2 en si mineur, S.171
Funérailles, S.173/7 (Harmonies poétiques et religieuses)
La leggierezza, étude de concert, S.144/2
Murmures de la forêt (Waldesrauschen, étude de concert S.145/1)
Sonate en si mineur, S.178

Sergio Fiorentino (1927-1998), piano

l devait s’agir là du dernier enregistrement de Sergio Fiorentino, en octobre 1997, puisqu’il devait s’éteindre peu de temps après. Un véritable testament musical pour ce pianiste italien, propulsé sur la scène internationale très tôt, et tombé dans l’oubli en 1954 lorsqu’un accident d’avion le priva de ses moyens pendant plusieurs années. À force de courage et de ténacité, il réussit à retrouver ses capacités, mais préféra borner son activité concertante à l’Italie, et se consacrer à l’enseignement.
    Liszt fut toujours son compositeur fétiche : il faut bien dire que Fiorentino l’aborde non pas comme un banal pyromane du clavier, mais comme un musicien à part entière qui utiliserait, de surcroît, un nombre impressionnant de doigts non répertoriés par la science mais au service de la musique pure, non de la virtuosité.
    Voilà une grandiose leçon de piano et de modestie.
 

Détail des pistes :

LISZT Franz
1 - 1     Ballade n° 1 en ré bémol majeur, S 170 (7mn 27s )    

Ballade n° 1 en ré bémol majeur, S 170
1 - 2     Ballade n° 2 en si mineur, S 171 (16mn 11s )    

Harmonies poétiques et religieuses, S 173
1 - 3     Funérailles (12mn 55s )    
1 - 4     Etude de concert "La leggierezza", S 144 n° 2 (5mn 12s )    
1 - 5     Murmures de la forêt, S 145 n° 1 (4mn 19s )    

Sonate en si mineur, S 178
1 - 6     Lento assai - Allegro energico (3mn 18s )    
1 - 7     Grandioso (9mn 03s )    
1 - 8     Andante sostenuto - Quasi adagio (7mn 34s )    
1 - 9     Allegro energico (3mn 26s )    
1 - 10     (sostenuto) - Stretta quasi Presto - Presto - Prestissimo (3mn 55s )    
1 - 11     Andante sostenuto - Allegro moderato - Lento assai (3mn 15s )    

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    Il y avait quelque chose d'étrangement prophétique dans le répertoire sélectionné par Sergio Fiorentino pour ce récital consacré à Liszt. Lorsqu'il l'enregistra au cours de l'après-midi du 18 et de la matinée du 19 octobre 1997 – après avoir interprété une série d'œuvres de Schubert, Schumann et Debussy (ce dernier compositeur fera l'objet d'une publication ultérieure) – tout laissait à penser que Fiorentino participerait à de nombreuses autres séances d'enregistrement au cours de ce que l'on appelé son « été indien ». Au grand regret de tous, ce ne fut pas le cas. On peut se demander ce qui a déterminé Fiorentino dans le choix de ces œuvres pour sa dernière séance d'enregistrement.

    Naturellement, Liszt constitua une pierre angulaire du répertoire de Fiorentino tout au long de sa carrière, surtout durant ses années de formation tant sur scène qu'en studio d'enregistrement. En récital, il avait donné des concerts entièrement consacrés à Liszt. En studio, il avait abordé sans hésitation des œuvres réputées impossibles comme Ab irato, la Grande Fantaisie de Bravoure sur "La Clochette" et, comme nous l'avons récemment découvert grâce à la publication d'enregistrements jusqu'alors inédits réalisés pour Concert Artist, les Etudes d'exécution transcendante et les Études d'après Paganini. Il ne faudrait cependant pas croire qu'a cette époque les enregistrements lisztiens de Fiorentino étaient uniquement confinés aux pièces ouvertement virtuoses, comme en témoigne d'ailleurs sa lecture d'une poésie saisissante de la première année des Années de pèlerinage ou son exploration des œuvres tardives du compositeur. En 1997, le pianiste âgé de près de soixante-dix ans choisit de se confronter à des œuvres qu'il n'avait pas enregistrées ou, dans le cas de Funérailles et des deux Ballades, qu'il avait enregistrées plusieurs décennies auparavant mais qui, pour des raisons obscures, ne furent jamais publiées. Le programme qui en résulta apparaît donc comme une décision délibérée de rectifier certaines omissions passées.

    Comme toujours avec Fiorentino, ce récital peut s'envisager comme une affirmation très personnelle et singulière. À l'évidence, il chercha en priorité au cours de ces deux jours d'octobre à saisir son inspiration au vol plutôt que de s'astreindre à la perfection technique qu'exige le studio, même si, ce faisant, la maîtrise de son jeu n'en demeura pas moins impressionnante. Toutes les faiblesses humaines paraissent insignifiantes à la lumière de ce que le pianiste accomplit lors de ces adieux éblouissants, caractérisés par sa légendaire sonorité translucide, sa subtile utilisation de la pédale et sa grandeur émotionnelle.
    Les deux études font ainsi figures de miniatures à la fois dramatiques et lyriques, comparables aux enregistrements mythiques de Moiseiwitsch et Barere (La leggierezza), Hofmann et Lamond (Waldesrauschen). Si aucune des deux Ballades, que même le grand lisztien Humphrey Searle trouvait "très épisodiques", n'a trouvé sa place dans les salles de concert, Fiorentino nous fait nous demander pourquoi. Son interprétation intrépide et transcendante atteint les sommets et sonde les profondeurs de ces œuvres au sein d'un ensemble cohérent. Des forces similaires habitent la Sonate, cet Everest de la littérature romantique pour piano. Fiorentino prend tout le temps nécessaire pour une exploration introspective tout en investissant les passages extravertis avec une ferveur flamboyante, le tout au sein d'une traversée grandiose de l'œuvre. La fusion de la fureur et du lyrisme qui est l'essence de ses Funérailles le situe au même niveau que Horowitz et Barere.


* * *


    Il n'est pas surprenant de découvrir que le Liszt de Fiorentino n'a que peu de choses en commun avec celui des grands lisztiens du siècle passé. Fiorentino appartenait à cette éminente aristocratie italienne du clavier, fondée par Ferrucio Busoni et à laquelle appartiennent Arturo Benedetti Michelangeli et Maurizio Pollini, mais, tout comme eux, il était un artiste unique à l'individualité marquée. Il ne connut ni prédécesseurs ni, semble-t-il, de successeurs.

    L'entrée précoce de Fiorentino (en 1938) au Conservatoire de San Pietro a Majella dans sa ville natale de Naples fut rendue possible grâce à une bourse allouée par le Ministre de l'éducation en personne. Bien que les professeurs du garçon furent officiellement Luigi Finizio et Paola Denza, Fiorentino admit plus tard que ce furent les concerts de pianistes – comme Alfred Cortot, Edwin Fischer et Walter Gieseking – et les enregistrements – notamment ceux de Serge Rachmaninov – qui exercèrent sur lui une influence musicale prépondérante. En 1947-48 il rafla un nombre impressionnant de distinctions dont les premiers prix du Concorso Rossomandi de Naples et du Concours International de l'Academia Musicale Internazionale de Gênes. Il commença alors à conquérir les salles de concert européennes, à tel point qu'a l'époque de ses débuts américains, en octobre 1953, on le considérait comme le pianiste le plus prometteur de sa génération.

    Les amateurs de sensationnel ont accordé beaucoup d'importance aux conséquences de l'accident d'avion dont Fiorentino fut victime, en 1954, au cours d'une tournée en Amérique du Sud. Certes, il souffrit d'une paralysie progressive causée par une lésion à la colonne vertébrale qui le contraignit à se retirer de la scène l'année suivante. Mais cette retraite s'avéra de courte durée. Dès la fin des années cinquante, sa carrière repris et culmina au cours des " glorieuses années soixante ". C'est au moment où il était au sommet de sa gloire que Fiorentino décida d'abandonner sa carrière internationale, préférant faire des apparitions occasionnelles dans son pays natal et retourner au Conservatoire qui l'avait formé où il fut professeur de piano de 1974 jusqu'à sa retraite en 1993. Cette décision se justifiait par une combinaison de circonstances, en particulier son dégoût pour le marketing et le sentiment de vacuité liés à la condition de musicien itinérant. Mais il existait d'autres raisons ; tout d'abord, de nature modeste, Fiorentino ne ressentait pas l'obligation de se mesurer à ses " rivaux " ; ensuite, doté de cette assurance discrète dans tout ce qu'il accomplissait au clavier, il n'avait pas le besoin de ressentir l'adulation du public.

    Cette décision priva toute une génération de mélomanes du pianiste et de son art. Seuls les collectionneurs de disques les plus fervents savaient qui il était sur la foi d'une trentaine de 33 tours qui avaient été publiés entre les années cinquante et soixante-dix. Le répertoire généraliste qu'exigeaient ces publications bon marché, ne pouvait que donner un aperçu partiel de l'ampleur et de la diversité de son répertoire. Si nous nous trouvons privés de Bartók, Busoni, Casella, Hindemith et Pilati, nous pouvons néanmoins apprécier, au sein de sa discographie, J. S. Bach, les plus célèbres sonates de Beethoven, Brahms, Schumann, Rachmaninov (notamment un magnifique cycle de Préludes), une impressionnante anthologie des œuvres de Chopin (qui comprend les Ballades, Etudes, Impromptus, Nocturnes, Polonaises, Scherzos et Valses) et, bien entendu, d'extraordinaires interprétations de Liszt.

    Ce n'est qu'après avoir pris sa retraite du Conservatoire de Naples que Fiorentino se laissa convaincre de revenir sur scène à la faveur d'une série de modestes concerts et récitals organisés en Allemagne. Sans doute trouva-t-il l'expérience plaisante parce que ces apparitions publiques étaient informelles – toute sa vie Fiorentino manifesta une farouche aversion à l'égard de la solennité du concert. La sortie d'un CD réunissant des enregistrements inédits de ses concerts en Allemagne en 1993 (APR7036) démontra au monde musical que l'art de Fiorentino était intact et annonçait les dernières " années d'or " du pianiste. Les invitations à jouer à l'étranger se multiplièrent et, à la surprise de ses amis proches, nombre d'entre elles furent acceptées avec enthousiasme. Il se rendit à Taïwan pour jouer et donner des cours d'interprétation ; il participa à plusieurs prestigieux événements européens, dont le concert inaugural de l'édition 1997 du Festival de Piano en Valois. Mais ce sont les Etats-Unis qui accueillirent Fiorentino le plus chaleureusement. Lorsqu'il revint à New York en 1996, pour la première fois depuis ses débuts en 1953, sa maîtrise technique et son sens musical furent accueillis avec stupéfaction : " c'était comme si un pianiste de l'Âge d'Or était miraculeusement apparu dans notre Âge d'airain ". Et c'est à Fiorentino que l'on fit appel pour inaugurer le nouveau piano de concert Yamaha CFIIIS sur le continent américain. Affrontant avec sérénité la publicité qui précéda le concert, il livra une interprétation majestueuse (en complet veston) de transcriptions de Bach-Busoni et de sonates de Beethoven, Scriabine et Rachmaninov au Alice Tully Hall de New York. Le public ne réclama pas moins de sept bis, un record dans cette salle de concert.

    L'ampleur de ses succès tardifs rendit particulièrement poignante la nouvelle de la mort de ce pianiste qui avait encore tant à offrir.

Justin Thyme
Traduction de Pierre-Martin Juban
© APR 2003 – Reproduction interdite

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