1. Belle jardinière (Bretagne, pays gallo)
2. Marions les roses (Chant de quête)
3. Psaume 2, version néerlandaise. Version turque suivie d'une mélodie turco-azéri : Ayrelik
4. Ma maîtresse (Mazurka, Haut-Poitou/Auvergne)
5. La galana (Chant ancien sépharade de Rhodes)
6. Psaume 2, version française (Texte original de Clément Marot - Texte Roger Chapal, 1970 - Mélodie de Strasbourg, 1539)
7. La Louison (Bourrée, Haut-Poitou/Auvergne)
8. Andro (danse traditionnelle bretonne) / Üzküdar (Chant traditionnel turc)
9. Quand je menais mes chevaux boire (Normandie, Bretagne)
10. Wa habibi (Mélodie ancienne du répertoire des cantiques maronites - Chant de la passion "Stabat mater" d'origine arabe) / Adiéu Paure Carnavau (Chanson provençale de carnaval - Mélodie "la Fougère" attribuée à Pergolèse)
11. Psaume 42 (Psaume néerlandais - Mélodie de Genève, 1551)
12. Psaume 65
13. Fel Shara' canet betétmasha (Elle se promenait dans la rue / Chanson d'amour chantée sur un air turc célèbre "Üzküdara")
14. Alta es la luna (La lune est en haut / Chant d'amour judéo-espagnol)
15. Psaume 24 (Texte de Clément Marot - Mélodie de Genève, 1551)
16. Era escuro (Il faisait sombre / Cantiga sépharade du 19e s. des Balkans)
17. Yo era ninya (J'étais jeune fille / Chant de Smyrne) — suivi de Deme dim mi, hymne soufi de Turquie
18. Psaume 92
19. La fiancée
20. Voici le mois de mai (Chanson de quête du Dauphiné)
21. Colchiques dans les prés (Francine Cockenpot, 1918-2001)
Les Fin'Amoureuses
(Emmanuelle Drouet, chant - Nannnette van Zanten, chant, vièle & viole - Nathalie Waller, chant, vièle, viole & dilruba)

ntrigant mélange de genres que voilà : des mélodies d’origine française transportées dans l’Empire Ottoman au 16e siècle, entre Espagne, Italie, France et Turquie ! Car à l’époque de François I, on parle beaucoup français dans les milieux sépharades, et on l’introduit dans les mélodies chantées en « ladino », cette sorte d’espagnol ancien parlé par la communauté juive exilée. Mieux encore : un musicien de la cour ottomane, Wojciech Bobowsky, traduit en turc les psaumes huguenots de Clément Marot en 1562.
Une telle richesse ne pouvait qu’intéresser des musiciens curieux tels que l’ensemble "Les fin’amoureuses" et leur chanteuse Emmanuelle Drouet. Vous retrouverez des mélodies connues jusqu’à nos jours et déjà célèbres dans l’Empire Ottoman depuis des lustres. Vous goûterez le piquant de la mazurka auvergnate, de
Wa habibi – le
Stabat Mater chanté en arabe – sur la mélodie
Que ne suis-je fougère, attribuée à Pergolèse et reprise par « Bonne nuit les petits », d’un autre chant mêlant espagnol, anglais, français, arabe et italien… À l’époque, il semble que le « crossover » était déjà largement de mise.
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Marions les roses
Naissance d'un projet
« La racine commune à sir.rat, ire. art . lat. .ars,artus,ritus, qui désigne l’ordre comme adaptation harmonieuse des parties d’un tout entre elles… »
Si j’ai choisi la définition que donne le linguiste Emile Benveniste du mot
art c’est parce qu’elle résume parfaitement le travail de recherche et d’élaboration que nous avons effectué au cours de ces dernières années, afin de mettre en place le programme de ce disque.
Il y a deux ans, je prenais rendez-vous avec Jean-Paul Combet, nous avions comme souhait, Les fin’amoureuses, d’enregistrer un disque chez Alpha dans la Collection « Les chants de la terre ». Notre répertoire était fait de chansons populaires de tradition française et judéo-espagnole. Celles-ci pour la plupart collectées dans l’Empire Ottoman au XIXe siècle.
Nos préoccupations artistiques n’étaient ni historiques ni identitaires, il était donc très difficile pour nous de justifier le choix que nous faisions : mettre côte à côte des chansons issues de traditions de cultures différentes.
Notre point de départ à toutes les trois fut l’apprentissage d’instruments anciens et de technique vocale baroque. Sensibles aux musiques modales, depuis 1990 avec Nannette van Zanten, nous explorons les musiques du Moyen Âge, en particulier celles du bassin méditerranéen. Affectionnant surtout les romances judéo-espagnols et portant un intérêt pour leurs itinérances, notre répertoire s’ouvre naturellement aux musiques ottomanes.
Sans nous soucier des techniques et esthétiques instrumentales médiévales et baroques, très conscientes de notre imprégnation par une culture occidentale, c’est ainsi que nous abordons ces musiques juives sépharades et turques. En inventant nos propres harmonisations, nos
accompagnements, en inventant notre propre langage.
C’est en 2000 que nous rencontrons Emmanuelle Drouet. Nous avons plus d’un répertoire en commun, un parcours musical identique, et, de plus, le souhait de chanter des chansons françaises. Et c’est peu de temps après que nous faisons notre première proposition à Alpha. Jean-Paul Combet, séduit par le projet, pense qu’il est nécessaire de travailler sur un fil conducteur, qui rend le passage plus confortable et plus compréhensible entre les chansons françaises et l’univers « plus sensuel et fleuri » des romances judéo-espagnoles. De toute évidence il nous manque quelque chose.
Nous savions que depuis François Ier, la culture française était très en vogue dans l’Empire Ottoman. On parle français dans les milieux sépharades, des mots français sont introduits dans les chansons chantées en ladino (espagnol du XIVe siècle parlé dans la communauté sépharade). Mais c’était justement ces changements de climat, d’univers poétiques, que nous aimions pour leurs différences. Et c’est avec le travail du musicologue Vladimir Ivanoff et son ensemble Sarbande, autour des musiques ottomanes et occidentales du XVIIe siècle, que nous découvrons les psaumes huguenots écrits en 1562, traduits en turc par un musicien de la cour ottomane Wojciech Bobowsky connu également sous le nom de Ali Ufki (1610-1675). Il traduisit les quatorze premiers psaumes de Clément Marot et Théodore de Bèze.
Pour moi cette découverte fut une sorte de choc, une émotion unique, quelque chose d’inouï. Je ne savais pas ce que j’entendais. Une mélodie de la renaissance occidentale chantée en turc, par un chanteur turc, Mustafa Dogan Dikmen, dans la plus pure tradition classique ottomane, accompagné au théorbe. Cette forme musicale m’était intime et pour une raison encore mystérieuse me ramenait à des souvenirs d’enfance. Sa forme semblait correspondre à ce que nous cherchions, proche des musiques populaires françaises. Ma surprise fut grande lorsque je découvrais qu’il s’agissait des psaumes de Clément Marot.
Marquées par une culture protestante, jamais nous n’aurions envisagé, Nannette et moi-même, nous plonger dans ce trésor musical, à mi-chemin entre les musiques populaires et savantes de la Renaissance, que présente le
Psautier huguenot, s’il ne nous était pas arrivé sous cette forme. Réapproprié, c’est ce que nous faisons au-delà d’une identification culturelle simplement avec ce que nous sommes.
«
On ne se définit pas par des racines, mais par des routes. » – Amin Maalouf
Nathalie Waller
Les chants français
C’est à travers cet univers féminin de chansons françaises, où l’amour et la mort sont chantés comme un hymne à la vie, que nous rendons hommage à nos mères, grand-mères et toutes les femmes qui nous ont laissé leur empreinte.
Ayant été marquées toutes trois par le groupe « Malicorne », nous pensons à eux, notamment pour les chants
Quand je menais mes chevaux et
Marions les roses.
La fiancée a été transmise à Emmanuelle par son père Jean-Pierre Drouet.
Belle Jardinière, version récente de
Voilà le bon vent, fut tout simplement un coup de cœur. Souvent le répertoire traditionnel chanté se dansait, comme la mazurka
Ma maîtresse du Haut-Poitou et la bourrée de
La Louison. La ballade
Voici le mois de mai, est une chanson de quête du Dauphiné.
Nous avons superposé un
andro, danse traditionnelle bretonne, à
Üsküdar, chant traditionnel turc, originalement à 7 temps, mais adapté à la carrure pour la rencontre de ces deux mélodies.
Pour finir,
Colchiques dans les prés nous a fait découvrir son auteur, Francine Cockenpot. Guide de France, elle a laissé derrière elle plus de 500 titres et comme dans la tradition orale, elle est fière du fait que ses chants soient presque toujours des créations collectives.
«
Nous chantions à tous vents, sur les bords des routes, des rivières, au fond des caves pendant la guerre. Il nous manquait peut-être un peu de technique, mais jamais d’enthousiasme ni d’amour »
Le hasard a voulu que nos amies Eveline et Denise aient chanté avec elle en Algérie puis le jour où nous avons enregistré « Colchiques » dans la chapelle de Maxime Tardieu à Sauveterre, il nous a appris qu’il l’avait très bien connue comme voisine du village…
Nannette van Zanten
Les chants sépharades
La civilisation de l’Orient arabo-andalou qui a duré sept siècles se fondait sur des rencontres tant philosophiques, scientifiques, qu’artistiques entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. En musique, ils « parlèrent » un langage commun : le système modal, lequel, pont entre deux rives, caractérise les musiques arabo-andalouses, médiévales et judéo-espagnoles, ce qui nous intéresse ici. Après 1492, à la « Reconquista », les Sépharades* (Juifs d’Espagne) sont partis au Maghreb, en Europe, aux Balkans, en Grèce, Turquie, Israël, jusqu’en Egypte et ont amené avec eux leurs traditions, leurs chants, colorés des influences linguistiques (emprunts de mots dans la langue du pays d’adoption) et musicales (rythmes irréguliers pour les Balkans) de leurs terres d’exil, de diaspora. Les chants sont toujours chantés par les différentes communautés, par le « hazan » de synagogue (le chantre) et aussi repris par les ensembles musicaux d’aujourd’hui, sépharades ou non, d’ailleurs.
1.
La galana : chant ancien, sépharade de Rhodes, de mariage où l’épousée, noble et belle, va au bain sacré avec sa famille, en musique, tandis que l’attend son mari.
2.
Fel Shara’ Canet Betetmasha : chanson d’amour en ladino à l’origine, et amenée en Egypte, qui a dû mêler l’arabe à l’espagnol, l’italien au français et à l’anglais, chantée sur un air turc célèbre : Üsküdara.
3.
Alta es la luna : peut-être de Turquie… chant d’amour judéo-espagnol dans lequel une jeune fille regarde la mer à s’en user les yeux dans l’attente du bateau qui lui amènera la lettre de son ami.
4.
Era escuro : cantiga sépharade du XIXe siècle des Balkans, dans laquelle une dame reproche à son ami de lui avoir rappelé le passé, ses erreurs, ses mots malheureux, alors que tout est calme dehors, et que la nuit règne, sombre, silencieuse.
5.
Yo era ninya : chant de Smyrne dans lequel une femme exprime le regret de la liberté d’avant son mariage au sein duquel, ravalée au rang de servante, elle souffre, elle qui était de bonne maison…
*
le mot « sépharade » signifie Espagne, en hébreu.
Emmanuelle Drouet
Parmi les livres de la bible se trouve le
Psautier rassemblant cent cinquante chants, poèmes, prières, le « trésor de la lyrique religieuse d’Israël ».
La tradition fait de David, roi, prophète et poète, l’auteur inspiré d’un très grand nombre de ces psaumes.
Par ces chants l’assemblée participe au culte rendu à Dieu tant dans le temple de Jérusalem que dans les synagogues, mais appris par cœur, ils sont aussi au service de la piété personnelle dans la vie quotidienne.
Les chrétiens feront un usage similaire des psaumes lors des célébrations d’un nouveau type, parmi le peuple ou dans le cadre monastique. Le latin est alors la langue liturgique des églises d’occident, mais il n’est plus la langue du peuple. Les psaumes jouent alors à nouveau leur rôle. Dans des traductions en langue contemporaine de Clément Marot*, Théodore de Bèze (pour ne citer que les Français les plus connus) et chantés sur des mélodies contemporaines elles aussi, de compositeurs restés anonymes ou bien célèbres comme Louis Bourgeois et d’harmonisateurs, tels que Janequin, Goudimel…
Ainsi se constituera le
Psautier huguenot soucieux de son enracinement biblique et de son langage moderne.
André Waller
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