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e lecteur se souviendra sans doute du premier volume consacré à cet inquiétant et intrigant compositeur qu’était Karg-Elert, paru à la fin de 1999 (Référence AE10121). Voici le second, avec des œuvres qui ajoutent quelques solistes à l’orgue : trompette, soprano et chœur pour l’opus 85, violon pour l’op. 48b. C’est curieusement en Grande-Bretagne que Karg-Elert est le plus joué de nos jours, mais le présent cycle rendra sans doute justice internationale à ce compositeur qui souffrait immensément de la relative obscurité dans laquelle l’œuvre d’orgue de Reger le plongea longtemps. Sa Passacaille "tient dix fois plus la route comparée aux compositions pour orgue tellement anarchiques, brutales, jamais vraiment travaillées de Reger". Ainsi s’exprime, vous l’aurez deviné, Karg-Elert lui-même au sujet de sa "Passacaille chérie" figurant dans ce programme. Un invraisemblable monument de 20 minutes, l’ultime folie organistique de Karg-Elert. Il faut un instrument immense pour maîtriser une telle énergie, mais l’orgue de St-Petri à Brême est parfaitement à la hauteur et l'organiste en la personne de Elke Völker aussi ! Apothéose des Trois Canzone symphoniques, l'entrée séraphique du violon suivi des voix diaphanes des sopranos dans l'Epilogue "Credo in vitam venturi" (que Karg-Elert aime tendrement) est d'une grande fraîcheur même si, comme il le dit lui-même "...c'est en vérité excessif et sent l'eau bénite et les cierges bénis..., c'est mon côté catholique qui ne veut pas s'accorder avec le luthérianisme".
Détail des pistes :
KARG-ELERT Sigfrid
Drei sinfonisch Kanzonen für Orgel, op. 85
1 - 1 Canzona and Toccata (12mn 33s )
1 - 2 Fantasy, canzona, passacaglia and fugue (20mn 20s )
1 - 3 Fugue, canzona and epilogue "Credo in vitam venturi" (10mn 28s )
Zwei Stücke für violine und Orgel, op. 48b
1 - 4 Sanctus (4mn 23s )
1 - 5 Pastorale (10mn 22s )
1 - 6 Passacaglia and fugue on B-A-C-H, op. 150 (19mn 40s )
TROIS CANZONE SYMPHONIQUES POUR ORGUE, Op. 85
Trois Canzone symphoniques pour orgue, Op. 85 (1910) : N° 1: Canzona et Toccata (en mi bémol mineur), avec des trompettes (ou bien des trombones) à la fin, ad libitum. Dédicace : à Monsieur Walter Armbrust - N° 2 : Fantaisie (Introduction), canzone, passacaille et fugue (en ut mineur). Dédicace : à M. Paul Gerhardt - N° 3 : Fugue, canzona et épilogue : «Credo in vitam venturi» (en fa dièse majeur), avec violon solo, soprano et chœur de femmes obligatoires. Dédicace : à M. le docteur Ernst Schnorr de Carolsfeld. D’après une lettre de Karg-Elert du 7.10.1910 à l’éditeur Simon, «l’ouvrage considérable, opus 85 (3 volumineuses canzone en forme de sonate), était achevé ce même mois. Elles portent le titre de "Canzone symphoniques" pour grand orgue.»
Elles furent imprimées en 1911. Une anecdote de sa fille, Katharina Schwaab, met en évidence un lien autobiographique inattendu entre la numérotation de l’opus et le moment de sa création ne se limitant pas seulement à cette œuvre : «Karg-Elert avait déménagé plusieurs fois à de brefs intervalles et, distrait comme il l’était, ne pouvait retenir le numéro de sa maison. Après quelques aventures pénibles avec des chauffeurs de taxi et un certain nombre de vaines errances dans sa propre rue, il décida d’y remédier. Il attribua tout simplement à l’œuvre qu’il allait publier son numéro de maison comme chiffre d’opus. Il put enfin le retenir.» Lieu de résidence d’alors : Brandvorwerkstrasse 85, Leipzig.
En 1926, Karg-Elert s’exprime en ces termes à son ami anglais Godfrey Sceats dans une lettre datée du 12.7. : «... les Trois Canzone symphoniques op. 85 (1910) sont aussi de grand format… dans tous les morceaux apparaît une tendance croissante à traiter tous les développements à partir d’un seul motif.»
Il se situe ainsi dans une tradition qui, déjà avec Frescobaldi, conduisait à rompre avec le schéma traditionnel de la canzona pour préparer le chemin vers la forme de la sonate par la transformation le plus souvent d’un seul thème. Et, en effet, les multiples relations entre des parties isolées de l’œuvre se poursuivent à l’intérieur des trois canzone.
Ainsi, la Première Canzona symphonique se fonde sur la pierre angulaire de la cadence de l’accord de mi bémol mineur à l’accord de la bémol mineur (voir G. Hartmann qui se réfère ici à la symphonie en si mineur de Schubert) ; dans la Deuxième Canzona symphonique, on pourrait au moins presque mettre en évidence comme pierre d’angle de la fantaisie le thème chromatique de la canzona ; le motif central de la Troisième Canzona symphonique est le motif du début «Credo in unum Deum» qui se retrouve dans l’ensemble du morceau. À la fin, le texte subit une variante, «Credo in vitam venturi saeculi. Amen» et met ainsi en musique le début et la fin de la profession de foi chrétienne. Se citant lui-même dans la partie du violon, il s’inspire ici encore du choral «Jésus, tes plaies profondes», utilisé dans sa Canzona de la Passion «La mise au tombeau du Christ» op. 84 : «Ta grâce me donnera la résurrection la lumière et la vie».
Pour quelle raison Karg-Elert fait référence, sans aucun doute, dans la totalité de son op. 85 au concept de la forme de sonate, n’est certes pas évident. Si cela est compréhensible pour la toccata de l’op. 85/1, pour l’op. 85/2, cela ne concerne que quelques bribes et pour l’op. 85/3, plus rien du tout. Günter Hartmann suppose que le concept des trois Canzone symphoniques pourrait être que dans chaque œuvre le lien avec le principe de la «structure de la sonate» soit de moins en moins détectable.
L’adjonction d’instruments ou de voix humaines est l’apothéose à la fois du timbre et du contenu de chaque œuvre. Des descriptions détaillées de Karg-Elert pour l’exécution de ses idées se trouvent dans les remarques qui annotent les partitions ou dans des lettres. Pour la reprise de la Première Canzone en mi bémol majeur, le compositeur note : «Selon les conditions acoustiques et la taille de l’orgue, la partie pour trompette est à augmenter du double ou du triple ou bien à doubler par des trombones une octave en-dessous… Il ne faut pas mentionner sur le programme du concert la participation d’un ou de plusieurs instruments à vent à la fin de la toccata. Il faut aussi garder cachés les instrumentalistes ! Le caractère d’un solo pour trompette ne correspond pas à la fin de la toccata, il faut juste parvenir à un point culminant». Pour l’épilogue de la Troisième Canzone : «J’ai fait exécuter cette œuvre à plusieurs reprises en solo par 8 voix de femmes que j’ai enfermées dans la boîte expressive de la Vox humana dont j’ai manipulé la jalousie. J’aime tendrement ce petit morceau ; c’est en vérité excessif et sent l’eau bénite et les cierges bénis…, c’est mon côté catholique qui ne veut pas s’accorder avec le luthérianisme. C’est mon côté fa dièse majeur et si majeur qui s’exprime aussi dans le ‘Troisième Pastel’ et dans les ‘Cathedral Windows’ ("Vitraux de cathédrales").»
DEUX PIÈCES POUR VIOLON ET ORGUE, Op. 48 b
Deux pièces pour violon et orgue, Op. 48 b, à l’origine pour harmonium et quatuor à cordes. N°1 : Sanctus (en si bémol majeur) - N° 2 : Pastorale (en ré mineur). Dédicace : aux MM. les professeurs Otto Becker et son épouse B. Becker-Samolewska.
La version originale que l’éditeur Carl Simon annonçait comme «étant en préparation» a disparu. Paul Schenk donne dans son index 1903 comme l’année de la création de ces deux morceaux. On n’en sait pas plus.
Les deux morceaux sont remarquables pour leurs tournures harmoniques différenciées et le dialogue très inventif des deux instruments et bien que l’orgue s’exprime avec toute sa puissance, l’auditeur se trouve face à un ensemble parfaitement équilibré du violon et de l’orgue.
Le Sanctus, qui commence de façon surprenante avec son point d’orgue bas au violon au-dessus duquel la flûte solo de l’orgue ouvre doucement la ligne mélodique, est un chant bref donnant une atmosphère de très grande sérénité et de piété, dont la dynamique évolue vers un piano pour finalement s’envoler vers un triple piano de la voix céleste.
La Pastorale paraît inhabituelle et insolite par sa tonalité en mineur (ré mineur). L’aspiration de ses oscillations montantes et descendantes conduits à de nombreux points culminants riches en couleurs pour l’orgue et tire du violon des accents dynamique au timbre inattendu, il en résulte des superpositions pleines de charme des deux instruments.
PASSACAILLE ET FUGUE SUR B-A-C-H, Op. 150
Passacaille (55 variations) et Fugue (si bémol mineur) sur B-A-C-H, Op. 150 (1931). Dédicace : à Henry Willis, mon cher ami, avec ma plus haute estime.Elke Völker
traduit par Geneviève Manns-Garrigues
© AEOLUS 2002 - Reproduction interdite.
L'ORGUE WILHELM SAUER (1894)
Le 10 novembre 1893, le facteur d’orgues Wilhelm Sauer de Francfort sur Oder présenta un devis pour un orgue à trois claviers et 63jeux. Le 12 janvier de l’année suivante, le contrat fut signé entre le donateur de l’orgue, le consul et maître d’œuvre Johann Anton Adami, et Wilhelm Sauer. L’orgue avec ses sommiers à pistons mécaniques et sa commande pneumatique devait être terminé le 1er novembre 1894. L’inauguration de l’orgue Wilhelm Sauer, Opus 951, eut lieu le 2 décembre 1894 par l’organiste de la cathédrale Eduard Nössler.
L’orgue subit rapidement des modifications. En 1905, il fut complété par un 4e clavier, ce qui porta le nombre total des jeux réels à 70. La nouvelle console de 4 claviers fut placée au milieu de la tribune. Une modification de la composition entre 1925 et 1926, sous l’influence de la nouvelle tendance «Orgelbewegung» aboutit à une grande transformation à l’occasion du 26e Festival Bach en 1939. Les jeux furent alors portés au nombre de 98. L’ancienne tuyauterie demeura en grande partie inchangée, il est cependant révélateur que la quasi totalité de la famille des gambes ait été enlevée. Les jeux rajoutés ont été partiellement placés sur des sommiers pneumatiques à membrane. Les dommages subis pendant la deuxième guerre mondiale entraînèrent à nouveau une transformation substantielle de l’instrument en 1958. La transmission fut électrifiée, on modifia encore une fois la composition, et le beau buffet néogothique disparut pour laisser la place à une façade à structure ouverte. Le soubassement du buffet de 1849 fut conservé. Les piliers entre les rangées de tuyaux s’effacèrent derrière un revêtement en contreplaqué.Christian Scheffler
ELKE VÖLKER
Elke Völker étudia la musique à la Staatlichen Hochschule für Musik und Darstellende Kunst de Heidelberg-Mannheim ainsi que le français à l’Université de Mannheim. À partir de 1992, formation artistique (orgue) chez Leo Krämer. Puis enfin la classe de solistes et 1996, examen de concert. Elle poursuit des études de musique sacrée à Mayence chez Hans-Jürgen Kaiser (improvisation) et Mathias Breitschaft (direction de chœur), puis à l’étranger comme boursière chez Wolfgang Rübsam (University of Chicago), chez Michelle Leclerc à la Schola Cantorum (Paris) où elle obtint un diplôme de concert (Premier Prix avec la mention «très bien à l’unanimité»).
Elle prend des cours particuliers chez de grands maîtres, entre autres, Jean Guillou (Paris), Nicholas Kynaston (Londres), Jon Laukvik (Stuttgart), Piet Kee (Haarlem).
Elle a obtenu de nombreux prix internationaux parmi lesquels «le Grand Prix» et «le Prix du public» au Concours d’Orgue International de la Cathédrale de Spire (1995). Au troisième Concours d’Orgue International de la Ville de Paris, elle obtint la «Médaille de la ville de Paris» (1999). En 2001 elle est devenue boursière de Rotary International.
Elle donne des concerts en Allemagne et à l’étranger et participe aux festivals d’orgue internationaux les plus importants en Europe et en Asie ; par exemple en 1996, concert d’ouverture du Festival de Musique de Schleswig-Holstein et en 1999, elle donna son premier concert à guichet fermé dans la grande salle de la Philharmonie de Saint-Petersbourg. Elle collabore également avec des orchestres nationaux et internationaux. Elle est organiste à la Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz.
Par ailleurs elle a fait des études de doctorat en musicologie (chez Ludwig Finscher) et d’allemand à l’Université de Heidelberg. Elle a réalisé différentes publications en musicologie, entre autres dans la nouvelle édition de l’encyclopédie de la musique MGG.
WOLFGANG MIELKE
Wolfgang Mielke, né en 1949, étudia la musique d’église à Brême entre autres avec Uwe Gronostay (direction) et Günter Berger (improvisation). Après avoir été organiste et chef de chœur dans les villes de Pforzheim, Düsseldorf et Münster, il est depuis 1986 ”Kantor” et organiste de l’église St. Ansgarii à Brême, ainsi que professeur d’improvisation à ”l’Ecole supérieure des Arts” de cette ville.IMMANUEL WILLMANN
Immanuel Willmann (né en 1961 à Brême), suivit sa formation musicale à Brême, Lübeck et Berlin. Depuis 1988 il est membre de l’Orchestre Philharmonique d’Etat de Brême, et depuis 1990 également chef de pupitre de la KammerSinfonie Bremen. Des tournées de concert l’ont mené en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis. En 1995 il fut invité pour donner des cours à la Toho Orchestra Academy à Toyama au Japon.MICHAEL BOESE
Michael Boese est né en 1966 à Arnsberg (Sauerland). Il fit ses études de trompette à l’École Supérieure de Musique de Dortmund avec Helmut Riester et avec Matthias Kiefer à Cologne. Depuis 1991 Michael Boese est trompettiste dans l’Orchestre Philharmonique de l’État de Brême.Votre compte
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