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es œuvres de Froberger firent souvent l'admiration de Bach, qui s'y connaissait un peu. Alors qui serions-nous pour critiquer ? C'est partiellement en l'honneur de la princesse Sibylle de Wurtemberg, élève et mécène du compositeur pendant les dernières années de sa vie, que sont écrites ces pièces qui représentent absolument tout ce que l'on pouvait composer, à l'époque, pour clavier : fantaisie polyphonique, ricercare, canzona, capriccio, toccata quasi-improvisée et naturellement la suite de danses. Un incroyable dictionnaire du style du 17ème siècle, en quelque sorte, traduit par Bob van Asperen sur un étonnant clavecin de 1671 remanié en 1757 par Blanchet puis en 1778 par Taskin : un véritable imbroglio historique pour un résultat sonore de toute beauté.
Détail des pistes :
FROBERGER Johann Jacob
Suite I in A minor
1 - 1 Allemand (2mn 31s )
1 - 2 Courant (1mn 12s )
1 - 3 Saraband (2mn 15s )
Suite II in D minor
1 - 4 Allemanda (3mn 05s )
1 - 5 Courant (1mn 23s )
1 - 6 Sarabanda (2mn 19s )
1 - 7 Gigue (1mn 02s )
Suite III in G major
1 - 8 Allemand (2mn 24s )
1 - 9 Courant (1mn 25s )
1 - 10 Saraband (1mn 41s )
Suite IV in F major
1 - 11 Allemand (2mn 35s )
1 - 12 Courant (1mn 09s )
1 - 13 Saraband (1mn 36s )
Suite V in C major
1 - 14 Allemand (2mn 20s )
1 - 15 Courant (53s )
1 - 16 Sarabaand (1mn 43s )
Partite "Auf die Mayerin"
1 - 17 Prima Partita (1mn 20s )
1 - 18 Seconda Partita (1mn 13s )
1 - 19 Terza Partita (52s )
1 - 20 Quarta Partita (56s )
1 - 21 Quinta Partita (1mn 08s )
1 - 22 Sexta Partita (Crommatica) (2mn 10s )
1 - 23 Courant sopra Mayerin (58s )
1 - 24 Double (58s )
1 - 25 Saraband sopra Mayerin (2mn 08s )
Suite XVIII in G minor
2 - 1 Allemande faite en l'honneur de Madame Sibylle Duchesse de Wirtemberg (3mn 10s )
2 - 2 Gigue nommée la Philotte (1mn 04s )
2 - 3 Courante (1mn 23s )
2 - 4 Sarabande (2mn 35s )
Suite XXIII in E minor
2 - 5 Allemande (2mn 16s )
2 - 6 Double (2mn 14s )
2 - 7 Courante (1mn 07s )
2 - 8 Double (1mn 16s )
2 - 9 Sarabande (1mn 25s )
2 - 10 Double (1mn 32s )
Suite XXIV in D major
2 - 11 Allemande (2mn 28s )
2 - 12 Double (2mn 08s )
2 - 13 Courante (1mn 06s )
2 - 14 Double (1mn 15s )
2 - 15 Sarabande (1mn 11s )
2 - 16 Double (1mn 14s )
Suite XXVIII in A minor
2 - 17 Allemande (2mn 48s )
2 - 18 Double (2mn 22s )
2 - 19 Courante (1mn 11s )
2 - 20 Double (1mn 13s )
2 - 21 Sarabande (1mn 23s )
2 - 22 Double (1mn 18s )
2 - 23 Gigue (1mn 53s )
Suite XIX in C minor
2 - 24 Allemande (3mn 53s )
2 - 25 Gigue (1mn 45s )
2 - 26 Courante (1mn 22s )
2 - 27 Sarabande (2mn 50s )
Si cette technique apparut comme profitable pour le luth, chez Froberger il est manifeste que le clavecin, qui lui est apparenté, put s'épanouir en l'utilisant : les sonorités n'ont pas la possibilité de s'étouffer les unes les autres, bien plus, elles se mêlent progressivement en une joyeuse interférence (notamment chez les bons instruments — «harmoniques»). Cette texture musicale mise certainement en mouvement par ces arpègements, commence maintenant un jeu de subtiles suspensions et de syncopes (accents déplacés), qui selon sa propre logique disparaît quelquefois imperceptiblement comme il a commencé... Personne de plus autorisé que Johann Sebastian Bach, le grand admirateur de Froberger, n'a aimé plus tard dans ses œuvres, utiliser ce style, notamment dans les suites.
De la trentaine de suites pour clavecin que nous connaissons de Froberger,
six sont contenues dans le Libro Secondo de 1649 et le même nombre dans le
Libro Quarto de 1656, volumes que le compositeur dédiait l'année concernée,
calligraphiés sous cette forme et richement ornés, à son empereur Ferdinand
III. Les autres suites de danses sont transmises par des copies éparpillées
et des éditions posthumes. On peut supposer que, de même, chaque fois six
suites provenaient d'un Libro Primo (avant 1649) et d'un Libro Terzo
(vraisemblablement 1653, tous les deux disparus), et d'autres encore des dix
dernières années de la vie de Froberger.
La tentative de classer chronologiquement les suites transmises par des
copies ne peut malheureusement pas, la plupart du temps, se fonder sur des
datations historiques parce que presque toutes les sources que l'on peut
dater aujourd'hui datent seulement d'après la mort de Froberger. Nous sommes
donc bien plus tributaires de la signification des aspects stylistiques et
formels.
Il est remarquable que ces suites, qui, en raison de ce que nous pourrions appeler une charmante naïveté, sont manifestement des œuvres plus anciennes, comprennent des doubles, une variation qui suit la danse, et qu'elles ne contiennent en règle générale pas encore de gigue. Des cinq suites de danses qui apparaissent ici à côté des suites I à VI du Libro Secondo, celles qui portent les chiffres XXIII, XXIV et XXVIII contiennent de tels doubles. Le double jusqu'alors manquant de l'allemande de la Suite XXVIII ainsi que sa courante avec son double ont pu être à nouveau réunis, grâce à la découverte du manuscrit Bulyowsky, au torso transmis de cette suite. Ce manuscrit, découvert seulement en 1999, maintenant à la Sächsische Landesbibliothek à Dresde, fut écrit en 1675 par le théologien et musicien Michael Bulyowsky, originaire de la Slovaquie hongroise et travaillant à cette époque à Strasbourg. Il contient aussi, à côté de différentes versions alternatives et de titres jusqu'alors inconnus d'œuvres déjà connues, aussi ces «nouveaux» morceaux. La gigue avec laquelle se conclut cette suite dans les éditions modernes — contrairement au système décrit ci-dessus — n'apparaît que dans une source de cette suite (le manuscrit français Bauyn, vers 1690). Cependant, elle est vraisemblablement «chez elle» dans la suite XV, plus «mûre», où on la trouve chez Bulyowsky. Dans le troisième volume de notre édition de Froberger, la gigue concernée, résonne ainsi, dans la suite XV dans une triple variante toutefois, qui sonne bien — quoiqu'il s'agisse là d'un arrangement qui n'est probablement pas de la main de Froberger — et apparaît sous cette forme, à partir de 1698, dans les éditions d'Amsterdam. Il aurait été dommage de perdre cette charmante version, qui a conquis une place dans le cour de nombre d'amateurs de Froberger.
Les suites du Libro Secondo (numérotées I à VI) ont en principe la forme
standardisée suivante :
– allemande : une danse d'ouverture progressant lentement, à 4 temps
– courante, caractérisée par ses rythmes doux et flottants, alternant les
mesures 3/2 et 6/4
– sarabande : de nature généreuse, mesure à trois, avec régulièrement des
accentuations sur le deuxième temps.
Toutes les danses sont en deux sections : un double trait avec des points,
vers le milieu du morceau, signifie une reprise des deux parties.
À cette époque, le compositeur est sur le point de renoncer aux doubles des
suites plus anciennes avec leur légèreté élégante, d'autre part, il n'utilise
plus guère la gigue.
La Suite II en ré est une exception à cet égard, car elle contient cependant cette danse. En même temps, cette gigue est aussi la seule dont nous savons avec certitude qu'elle est prévue par le compositeur à la dernière place dans l'ordre de la suite. Le mouvement (à 4 voix) est présenté dans l'autographe sous une forme particulièrement curieuse : la première moitié n'a pas de reprise (la façon de noter aussi l'exclut expressément) ; la deuxième partie – avec le thème inversé – démarre encore une fois sur la tonique et est ensuite cependant répétée : un procédé sans équivalent dans le genre des suites, qui, de ce fait, fut modifié par quelques copistes.
Dans ses suites plus tardives, Froberger adoptera la gigue comme un élément indissociable, à savoir la forme traditionnelle, avec la mesure 6/8 ou 6/4, mais en préférant tout de même la forme plus marquée de la danse en 4/4, caractérisée par des rythmes pointés excitants. Au contraire des autres danses qui ne contiennent qu'occasionnellement des imitations, il construit les gigues dans le style fugué. La deuxième partie commence souvent avec l'inversion du thème et parfois même celui-ci se trouve vers la fin dans une combinaison ingénieuse des deux formes. Du fait que Froberger place la gigue en second, tout de suite après l'allemande, la sarabande n'a plus la place centrale mais constitue bien plutôt une glorieuse apothéose.
Au lieu d'une sixième suite, Froberger propose les variations Partite «Auf die Mayerin», ne rappelant que de très loin la suite. Un texte contemporain qui fut chanté sur cette mélodie est «Schweiget mir von Weiber nehmen» («Ne me parlez pas de prendre une femme»), dont les huit strophes semblent correspondre aux huit variations de Froberger. Après la sixième partita avec son chromatisme audacieux montant et descendant – à peu près comme J.S. Bach l'utilisera plus tard dans son canon «Christus coronabit crucigeros» ! – le compositeur reprend la manière de la suite et surprend avec des variations en forme de courante, son double et une sarabande finale.
Grâce à la découverte du manuscrit Bulyowsky, l'allemande de la Suite XVIII
reçut le titre si bien venu de «faite à l'honneur de Madame Sibylle Duchesse
de Wirtemberg» : il s'agit ainsi d'un hommage à la Princesse Sibylla de
Württemberg (1620-1707), la plus jeune fille du duc de Württemberg, Johann
Friedrich, dans le château duquel Froberger passa les dernières années de sa
vie.
Elle entretenait d'étroites relations avec ses sœurs, Antonia et Anna
Johanna, qui étaient aussi actives sur le plan musical et avec le pasteur
luthérien, Johann Valentin Andreä, mystique et érudit (entre autre, auteur
du «Chymische Hochzeit Christiani Rosenkreutz» et probablement fondateur du
mouvement rosicrucien).
La «Turris Antonia», qu'Antonia et ses deux sœurs dédiaient à l'église de
Teinach-Savelstein – ainsi qu'un orgue – , peut être considérée comme le
point culminant pictural du débat spirituel de ce cercle. Cette peinture
instructive, en forme d'immense tableau incitant au recueillement, composé
de nombreux symboles platoniciens/chrétiens et cabalistiques, sur lequel les
trois sœurs figurent ensemble, est un monument de leur dévotion, une "pictura
docens" : la concrétisation d'un monde de correspondances magiques, qui était
probablement bien familier à Froberger.
Sibylla et Froberger se connaissaient déjà lorsqu'ils étaient enfants à la
cour de Stuttgart, où tous les deux avaient grandi et profité de
l'enseignement musical du père de Froberger, Basilius. Le père de Sibylla,
le duc Johann Friedrich, était le parrain du frère aîné de Froberger.
En 1647, Sibylla se maria avec son cousin, le prince Leopold Friedrich, duc
de Montbéliard (une enclave du Württemberg en France) ce qui est
généralement considéré comme un événement tragique sur la scène politique,
destiné à rassembler les forces de la famille contre l'influence
prépondérante des Habsbourg. Le mariage s'avéra être un échec : son époux se
révéla non seulement «grossier, lunatique et se livrant à la boisson», mais
il lui fut aussi ouvertement infidèle. Après sa mort en 1662, le couple
étant resté sans enfant, la veuve de 43 ans se retira dans un des châteaux
familiaux, le château d'Héricourt près de Montbéliard. Elle voulut se
consacrer en ce lieu à l'étude de l'histoire, de la peinture et de la
musique. Il n'est pas certain que Sibylla ait constamment suivi la carrière
et la vie de Froberger. Ce qui est sûr c'est qu'à cette époque elle a
«appellé chez soi» son vieil ami comme professeur de clavecin et que le
partage de l'amour de la musique doit avoir été pour elle une consolation.
Ainsi, Froberger se rendit-il chez elle définitivement fin 1664 (comme
l'indique une source récemment découverte à Montbéliard), en tant que «son
cher, loyal, fidèle et zélé professeur.».
(Il est tout à fait probable que Froberger garda des liens avec Stuttgart,
sa patrie, pendant son service impérial : ce fut, par exemple,
l'illustrateur Johann Friedrich Sautter de Stuttgart qui illustra, en
étroite collaboration avec le compositeur, ses livres pour Ferdinand avec
des ornements et des symboles appropriés. En outre, on peut supposer qu'il
fit plusieurs autres voyages au Württemberg, ainsi que l'écrit la princesse
dans une lettre après sa mort : «il a fait plusieurs longs chemins pour
moi.».)
Malheureusement, l'idylle du château d'Héricourt ne put durer longtemps, au
bout de trois ans déjà, la princesse perdit son génie. Froberger mourut le 7
mai 1667 en sa présence, victime d'apoplexie.
Ces paroles du prêtre d'Héricourt semblent se refléter dans cette œuvre aussi noble qu'aimable :
«Elle a une piété si grande, une gravité si modeste et une vie si paisible».
Et le style fécond, en arpèges de la magnifique allemande résonne à nos
oreilles comme un contrepoint aux paroles de Sibylla à la mort du
compositeur :
«J'aimerais laisser couler mon cœur et mes yeux quand je pense à ce qui est
mort en moi avec lui. Que Dieu le réveille dans la joie et fasse que nous
nous retrouvions ensemble dans le chœur céleste et angélique des muses»
(lettre de Sibylle à Constantijn Huygens, 5 juillet 1667).
«La Philotte», sous-titre de la gigue suivante dans le manuscrit Bulyowsky,
pourrait être dédiée à la nièce de la princesse, Sophia Luise (1642-1702),
qui séjournait, parmi d'autres, à la cour de Stuttgart et jouait d'ailleurs
aussi du luth. (Le début de la pièce correspond à celui d'une gigue du
luthiste français Dufault).
L'allemande de la Suite XIX en ut mineur apparaît comme un véritable tombeau
avec sa tonalité sombre au thème tristement méditatif à 9 tons et, à partir
de la 11ème mesure, l'utilisation d'une pédale avec des sonorités résonnant,
comme des cloches dans les basses (voir le vol.1, la symbolique des nombres
: pour les initiés, il étaient évident que les chiffres 9 et 11 faisaient
partie de ceux qui, d'après l'interprétation chrétienne, représentent la
mort et le malheur.)
Cette fois, la gigue ne contient pas de fugue dans la première partie, dans
la seconde, elle s'ouvre avec un motif bizarre d'une octave descendante
(ionique, a minori : v v - -), en style fugué, qui réapparaît 9 fois en
tout.
Après la courante, la sarabande s'annonce avec une figure chromatique
insistante se répétant, comme nous ne la connaissons qu'au début de la
«Méditation, faite sur ma mort future», et conclut avec une résignation à
pleine voix cette œuvre de maturité.
Sans conteste, cette suite extraordinairement concentrée peut se placer au
rang des tombeaux musicaux importants (Tombeau pour M. Blancheroche,
Lamentation pour Ferdinand IV (suite XII), Lamentation pour Ferdinand III,
tous dans le vol.I).
On remarque notamment quelques concordances entre l'Allemande de cette suite
et le tombeau pour le luthiste Blancrocher (Blancheroche), comme la grande
descente en sixtes parallèles, au-dessus de «cloches», qui recouvre une
octave – chez Blancrocher, elle s'étend même sur deux octaves. L'écriture
utilisée ici typiquement à la manière du luth, a fait place plutôt à un plan
polyphonique, contrapuntique, une allemande avec un vrai thème sur toute une
mesure, qui comprend plusieurs entrées (deux d'entre elles en une variante
du thème inversé) qui rappelle plutôt la fantaisie à thème unique, à la
manière d'une fugue, comme des organistes, tel Louis Couperin, l'utilisaient
couramment.
En outre, il nous apparaît que le thème d'ouverture de l'allemande de
Froberger présente une similitude de rythme avec l'allemande «la Précieuse»
(également en ut mineur) de son jeune collègue et ami, Louis Couperin.
Ainsi, la construction en canon des premières mesures de chacune des deux
parties de la pièce, montre certaines analogies frappantes, parfois même à
la lettre, les deux compositeurs se servant volontiers des pédales. Les deux
phrases comprennent 17 mesures (9+8) ainsi que six entrées thématiques .
Comme si les deux hommes avaient regardé l'un par-dessus l'épaule de
l'autre, ainsi que dans leurs Tombeaux, pour leur ami, mort
accidentellement, Blancrocher.
La gigue, ponctuée et vive, avec son rythme de Canarie, une variante de la
gigue, particulièrement appréciée en France, constitue une rareté dans
l'œuvre de Froberger.
Enfin on peut aussi comparer la sarabande avec la «gigue funèbre» de
Couperin (du même cycle en ut mineur que «la Précieuse») : de nouveau une
pédale sur do, une parenté mélodique et harmonique des premières mesures et
de plusieurs apparitions de «soupirs de deuil» (en croches chez Froberger et
doubles croches chez Couperin).
À qui Froberger (et donc aussi Couperin ?) ont pu ici dédier un monument, la
question restera probablement toujours ouverte. Il serait envisageable que,
comme pour les autres tombeaux de Froberger (en particulier celui pour
Charles Fleury, Sieur de Blancrocher et aussi pour Ferdinand III, voir le
vol.I) les initiales du défunt ont été cachées dans le mode et la note la
plus aiguë de l'ouvre (ici ut/C et ré#/D#).
Celui à qui l'œuvre est dédiée pourrait-il être un autre «Charles» du cercle
de Blancrocher, l'organiste et «honorable homme» Charles Richard (1620-1652),
qui donnait des cours d'épinette dans la maison du marquis de Termes,
ami intime de Blancrocher ? Comme Couperin, il fréquentait aussi le cercle
des courtisans et mourut précocement en 1652 («d'une effroyable maladie»)
peu de jours après le grand concert festif pour Froberger et environ un mois
avant la chute d'escalier mortelle de Blancrocher. Ce musicien, qui aurait
selon les sources dégagé une sympathie particulièrement précieuse, et qui -
de même que son frère Etienne - fut l'organiste privé du Monseigneur le
Chancelier Séguier et titulaire des si célèbres orgues de Langeudeul de St.
Jacques de la Boucherie, doit avoir été un grand musicien.
Si nous regardons de plus près les belles œuvres d'un certain «Monsieur
Richard de St. Jacques» – il ne sera probablement plus possible de les
attribuer avec certitude respectivement au malheureux Charles ou à son frère
Etienne, qui s'est épanoui par la suite – il est manifeste, en revanche,
qu'il y a des similitudes dans la composition, et même dans les thèmes,
entre Froberger (par exemple, le thème de la gigue VII, les indications «à
discrétion» dans les gigues) et Louis Couperin (insertions de mesures 6/4
dans les préludes). Dans le «manuscrit Bauyn», cette source si éminente pour
la musique française pour clavier au XVIIème siècle, ces œuvres figurent
précisément entre celles de Froberger et de Couperin...
Pour élaborer une version plus authentique de cette suite importante, comme
elle est parue dans sa seule source jusque récemment, les éditions
d'Amsterdam, à partir de 1698, la découverte mentionnée ci-dessus du
manuscrit Bulyowsky nous vient en aide.
Ainsi un endroit énigmatique dans l'allemande a pu être corrigé après plus
de 300 ans, et une longueur deux fois trop étendue d'une mesure, erreur due
au graveur d'Amsterdam, a pu être à nouveau «comprimée».
Les variantes, très probablement (directement ou indirectement) dues au
compositeur, dans la source Bulyowsky (à la fin de la sarabande, nous lisons
la remarque : «Froberg. ex Autographo»), nous ménagent à la fin encore une
surprise : une petite reprise, jusque là inconnue, indiquée par un signe,
par laquelle la chute de notes si éthérée, si finement reflétée – toujours
portée par de nouvelles basses – se poursuit après ce qui aurait dû être la
fin du morceau et s'évanouit comme de lents échos de deuil...
B. v. A.
Traduction : Geneviève Manns
© AEOLUS 2002 – Reproduction interdite.
Votre compte
Anner Bylsma, violoncelle - Tafelmusik Baroque Orchestra - Jeanne Lamon, direction
Berlioz : Cantate Herminie - Les Nuits d'été - Ravel : Shéhérazade / Véronique Gens, soprano - Orchestre National des Pays de la Loire - Direction John Axelrod
Ivan Zenatý, violon - Prague Philharmonia
OPOZ56015BD - EPC Distribution
1 Blu-Ray Disc Classique
Paru le 26/04/2012
FDS57997 - Fleur de Son Classics
1 CD Classique
Paraîtra le 31/05/2012