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Détail des pistes :
SCHUMANN Robert
6 Etudes en forme de canon, pour orgue ou piano pédalier, Op. 56
1 - 1 Nicht zu schnell (1mn 57s )
1 - 2 Mit innigem Ausdruck (3mn 53s )
1 - 3 Andantino (1mn 31s )
1 - 4 Innig (3mn 34s )
1 - 5 Nicht zu schnell (2mn 21s )
1 - 6 Adagio (3mn 33s )
Quintette avec piano, Op. 44
1 - 7 Allegro brillante (8mn 36s )
1 - 8 Un poco largamente (7mn 36s )
1 - 9 Scherzo (4mn 50s )
1 - 10 Allegro (7mn 13s )
Für meine Clara
C'est grâce à son professeur Johann Gottfried Kuntsch, organiste de l'église Sainte-Marie, que Robert Schumann entre pour la première fois en contact avec la musique de Bach dans sa ville natale de Zwickau. En 1832, une fois sa formation musicale achevée, il écrit à son ancien maître, lui décrivant ses études du contrepoint et reconnaît, se basant sur un hommage de Marpurg: "Sinon, le Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach reste ma grammaire, elle est d’ailleurs la meilleure […] Bach est un homme entier; il ne connaît pas les demi-mesures, les faiblesses, tout est composé pour l’éternité."
Ce n'est certainement pas un hasard si, plusieurs années plus tard en 1845, il se rappelle de Kuntsch et lui dédie ses oeuvres de forme canonique op. 56 pour piano avec pédalier, un instrument que Schumann utilise chez lui pour étudier les pièces pour orgue et pour lequel il composera également ses fugues sous le nom de B-A-C-H, op. 60. Cependant, l'op. 56 représente une rarissime exception, car les morceaux que Claude Debussy arrangera plus tard pour deux pianos, doivent être joués à trois mains: Schumann ne vit plus seul. Clara, sa maîtresse, partage depuis toujours sa passion pour Bach. A l'âge de 16 ans déjà, avec Felix Mendelssohn et Louis Rakemann, elle interprète le concerto BWV 1063 à la Gewandhaus de Leipzig; les oeuvres de Bach resteront partie intégrante des programmes de sa longue carrière de pianiste.
Suite à quelques concerts de sa fille à Berlin en 1837, Friedrich Wieck écrit à sa femme: "Clara a reçu par l'entremise de la poste municipale des lettres anonymes d'admirateurs de Bach, la priant de jouer encore plus de Bach." La même année à Leipzig, Robert Schumann copie minutieusement "L'Art de la Fugue" et prépare une édition pour orgue des préludes chorals de Bach.
Au printemps 1842, Robert et Clara Schumann stupéfaits d'admiration, étudient ensemble au piano les qatuors à cordes de Haydn, Mozart et Beethoven. Depuis deux ans, ils se sont tous les deux également voués à l'étude quasi journalière du contrepoint imitatif.
"Nous avons commencé avec les fugues de Bach; Robert indique les passages où le thème revient régulièrement, c'est une étude très intéressante des fugues et chaque jour, j'éprouve un peu plus de plaisir, remarque Clara dans son journal intime au 21 septembre 1840, après un mariage longtemps attendu et enfin conclu. "Nous poursuivons l'étude des fugues; elle devient de plus en plus intéressante […] chaque fois que nous les jouons. Avec ce flux naturel, et pourtant un si grand Art, comme on pourrait le dire de presque chaque fugue", remarque-t-elle pour terminer.
Les deux influences, tant la technique de l'adaptation des motifs, typique de la Première Ecole Viennoise, que le style contrapuntique de Bach se manifestent dans le quintette pour piano op. 44, tout comme dans le quatuor pour piano op. 47 composé quelques semaines plus tard et dont le dernier mouvement est conçu comme une combinaison curieuse des formes de la fugue et de la sonate. Le quintette pour piano a, d'emblée, été agencé comme une oeuvre de grande cohésion interne.
Les sauts d'intervalles du début, dont la vivacité se traduit notamment par une ligne mélodique ascendante y sont repris comme l'un des motifs dans un double fugato. Celui-ci aboutit à la conclusion de l' "Allegro ma non troppo" et nous rappelle ce que Clara désignera en 1845 sous le nom de "Passion de la Fugue" dans son journal intime.
La mysterieuse marche en do mineur, qui présente les caractéristiques du mouvement lent (dont connotations oniriques révèlent toute sa magie dans "Fanny et Alexandre", film d'Ingmar Bergman) et le scherzo avec ses deux trios, typiques pour le jeune Schumann, ne renvoient pas obligatoirement à une source commune. Même les citations musicales ne peuvent être repérées au premier coup d'oeil et se retrouvent parfois dissimulées dans les voix moyennes d'une partition débordante de fraîcheur et de merveilleuse transparence; nous les devons aux longues heures de travail des époux Schumann, qui ont sondé la musique de Bach main dans la main, emplis d'admiration.
- Luis Gago (Traduction: Micheline De Doncker)
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