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  • Fumio Yasuda

    Heavenley Blue

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Référence : 910098-2 0025091009824 - 1 CD Digipack : 67:08 - DDD - Enregistré le 30 juin et le 1 et 2 juillet 2004 au monastère de Beinwil en Suisse - Livret en anglais
En vente sur ce site depuis le 28 juin 2007
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Fumio Yasuda (né en 1953)

Tango in Amesa pour orchestre
Rain Choral pour orchestre
Imaginary Films pour piano & orchestre à cordes
Retrograph - A black white night - Rime
Epitaph 1939 pour orchestre
Concerto pour accordéon & orchestre
A Song for Lucrezia pour orchestre
Heavenly Blue pour piano

Fumio Yasuda, piano
Teodoro Anzellotti, accordéon
Orchestre de Chambre de Bâle
Direction Bernd Ruf

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Détail des pistes :

YASUDA Fumio
1 - 1     Tango in Amesa (6mn 07s )    
1 - 2     Rain Choral (2mn 36s )    

Imaginary Films for Piano and String Orchestra
1 - 3     Retrograph (9mn 11s )    
1 - 4     A black white Night (7mn 20s )    
1 - 5     Rime (6mn 45s )    
1 - 6     Epitaph 1939 (4mn 20s )    

Accordion Concerto
1 - 7     Nostalgia (4mn 45s )    
1 - 8     Running in a Circus (4mn 23s )    
1 - 9     Lament in close Distance (5mn 28s )    
1 - 10     Last Choral (10mn 49s )    
1 - 11     A Song for Lucrezia (3mn 34s )    
1 - 12     Heavenly Blue (1mn 45s )    

Heavenly Blue



    Mais comment résonne le monde ? Cette question nous ramène aux premières heures des styles musicaux nationaux. Les Hollandais de la Renaissance agrémentaient déjà leurs madrigaux et leurs pièces instrumentales de sons exotiques inspirés de la nature de la lointaine Europe méditerranéenne. "La Spagna" de Josquin est un exemple éblouissant de l’assemblage de sons entendus et inventés. Pour "L’enlèvement au Sérail" et également pour le célèbre mouvement de piano "Alla turca", Mozart s’est inventé des fanfares de janissaires emplies d’élan et les a incorporées à la partition. Dans son travail sur les danses hongroises, Brahms, lui, a imité le son de la puszta. Debussy a écrit de la musique de Gamelan sans avoir été en Indonésie, Albéniz dansait le tango avec le piano – et ne s’est pourtant jamais rendu en Argentine.

    L’ensemble de ces oeuvres révèle aussi la quête éperdue des musiciens de l’ubiquité : être omniprésent et immédiatement compris partout. Toutefois, malgré les apprêts modernes de la "musique du monde", le souhait n’est souvent resté qu’un rêve. Certes, le terme "World Music" ne s’est pas formé par hasard à l’époque des avions supersoniques, où les distances sont une affaire purement technique. Aujourd’hui, pour les maisons de disque du monde entier, il est tout d’abord un principe d’ordre : Anything Sounds. Entre-temps, ce terme connaît le même sort que tous ces mots, si souvent prononcés dans l’enfance qu’ils en ont perdu leur signification, pour n’être eux-mêmes plus qu’un son.

    Devenir soi-même un son : peu de musiciens s’y risquent. Ce qui ne semble pas incompréhensible. Qui donc souhaite vraiment disparaître derrière l’œuvre, se dissoudre pour ainsi dire dans sa propre musique. Le pianiste et compositeur Fumio Yasuda a suivi cette voie avec une conséquence remarquable, et des résultats tout à fait uniques. Mettant sa personne à l’arrière-plan, il a mené ses inventions sonores vers des hauteurs vertigineuses, dans les sphères périlleuses, par-delà les concepts de style et de genre. Une fois, il a décrit sa pulsion par la tentative d’inventer quelque chose de nouveau. Néanmoins, il n’a pu trouver sa patrie ni dans le genre classique, ni dans le pop.

    Qui est Fumio Yasuda? Les dates de sa biographie ne nous fournissent que peu d’éclairissements. Né à Tokio en 1953, il est diplômé du Conservatoire de Musique de Kunitachi, où il a bénéficié d’une formation de pianiste calquée sur l’exemple européen. Il commença à composer et à improviser dès l’adolescence. Il interprétait du jazz, travaillait en tant que musicien de studio, ou début des années quatre-vingt-dix il a publié au Japon un album avec ses propres œuvres de piano, et a également expérimenté avec un orchestre symphonique.

    Pour ses débuts pour Winter & Winter, "Kakyoku" (2000), il a fait ressortir l’amateur de fleurs. La musique de cet album a été conçue en collaboration avec le photographe Nobuyoshi Araki, sous la forme artistique d’un reflet audiovisuel. Dans dix-huit compositions et une improvisation, Yasuda illustre les images de fleurs charnues et concupiscentes d’Araki à l’aide de compositions qui se répandent comme des coulées de lave. Elles s’inspirent autant du romantisme allemand que de la musique minimale américaine, de la mélancolie de Pärtsch et des approches orientales de Debussy. Cependant, ce que l’on entend est rendu incomparable par un vernis très individuel.

    Pour la production "Im Zauber von Verdi" ("Dans l’envoûtement de Verdi"), la contribution de Winter & Winter pour l’année 2001 dédiée à Verdi, Yasuda endosse le rôle du pianiste fictif, Alexander Schiffgen. Vers la fin du siècle dernier, ce dernier avait, ainsi que le veut l’histoire du jeu musical, trouvé un poste de musicien dans un sanatorium tout là-haut dans les Alpes suisses. Schiffgen, alias Yasuda, interprète de grands opéras de Verdi au piano – ensuite, avec chaque variation, il s’éloigne un peu plus du modèle pour plonger dans des espaces sonores de rêve et de fantaisie. Comme en passant, il familiarise prudemment le maître avec certains styles de musique venus après lui : le jazz et le blues – mais surtout la musique de Fumio Yasuda.

    Dans l’album "Schumann’s Bar Music" ("La musique de bar de Schumann") (2002), Yasuda fait le pianiste, également inventé, du bar le plus connu de Munich, d’Allemagne, peut-être du monde entier. En réalité, le Schumann’s est bien trop étroit pour un pianiste de bar. Les verres s’entrechoquent, le mixer est en action, le garçon et les clients discutent du caractère sérieux de la boisson. Et la musique résonne toujours. Très proche, et très loin quand même– comme à travers le voile que porte la tête douloureuses à la pointe du jour. Yasuda joue de la musique de film, cite du jazz, tourbillonne avec les tubes. Nulle part ailleurs on ne trouvera un pianiste de bar à ce point universel.

    La production "Heavenly Blue" va encore plus loin vers de nouveaux espaces sonores, apparemment tout à fait sans intention et d’une présomption purement personnelle. Elle a été enregistrée avec Teodoro Anzellotti, le virtuose de l’accordéon, et l’Orchestre de Chambre de Bâle sous la direction de Bernd Ruf. Les sept compositions s’étendent au monde entier et sur des centaines d’années – chacun devra décider lui-même dans quelle mesure elles se résumeront dans l’avenir. Les titres donnent des indications, pas plus. Tout le reste est musique. Un tango résonne, un film se déroule dans l’imagination du spectateur, un accordéon s’emporte et se plaint, le finale s’estompe dans le bleu profond du ciel. Les sons hésitants du piano se meurent dans le nulle-part. Le pianiste, lui, a disparu.

- Andreas Obst (Traduction: Micheline Wiechert)

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