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ue diable fait un agnostique résolu tel que Vaughan Williams dans le domaine de la musique sacrée ? Grande question… disons qu’à la différence des conceptions purement religieuses et cléricales qu’il ne partageait absolument pas, le compositeur estimait que « l’objet de tout art est d’obtenir une révélation partielle de ce qui se trouve au-delà des sens et des capacités humaines – ou même de ce qui est d’essence spirituelle ? Les moyens humains, audibles et intelligibles qu’utilisent les artistes en tout genre, sont des symboles non pas d’autres choses visibles ou audibles, mais de ce qui réside au-delà des sens et du savoir. » Dans Sanctus Civitas de 1923-25, il met certes en musique des textes tirés du Livre des Révélations de saint Jean de Patmos, mais en tête de sa partition, on découvre une citation de Socrate qui, à l’aube de son exécution, médite sur l’immortalité de l’âme. Autant pour l’esprit purement chrétien… L’ouvrage, pour baryton et ténor, chœur, demi-chœur, chœur distant et orchestre, donne lieu à des recherches – et des découvertes – sonores tout à fait extraordinaires, en particulier avec ces trois chœurs disposés dans des espaces différents. On y trouvera également une certaine influence de Ravel dans la conception orchestrale et harmonique, mais la musique reste bien du VW pur jus, avec son mélange de nostalgie et de décision solennelle si délicieusement britannique.
Dona nobis pacem de 1936 semble, au contraire, autrement plus menaçant. C’est que l’on est déjà en 1936 et la menace d’un cataclysme planétaire imminent n’a pas échappé au compositeur ; le texte, reprenant des poèmes de Walt Whitman et quelques passages de la Bible, met l’humanité en garde contre les folies de la guerre. Hélas, si la réussite musicale est absolue, le message est resté lettre morte… Le quatrième mouvement, « Chant funèbre pour deux vétérans », évoque un père et un fils tombés au combat, réunis dans un même tombeau ; il est difficile d’imaginer un passage plus sombre et pourtant recueilli, sans pleurnicharderie aucune mais poignant à l’extrême.
Voilà bien deux immenses œuvres de l’immense Vaughan Williams, un compositeur encore trop négligé en France. Ce CD donnerait-il l’idée à tel ou tel chef de chœur de notre côté du Tunnel ?
Détail des pistes :
WILLIAMS Ralph Vaughan
Dona nobis pacem
1 - 1 Agnus Dei (3mn 26s )
1 - 2 Beat! Beat! Drums! (3mn 31s )
1 - 3 Reconciliation (5mn 20s )
1 - 4 Dirge for 2 Veterans (10mn 06s )
1 - 5 The Angel of Death has been abroad (3mn 29s )
1 - 6 O Man Greatly Beloved (7mn 32s )
Sancta Civitas
1 - 7 I was in the Spirit (5mn 21s )
1 - 8 And I saw Heaven opened (2mn 13s )
1 - 9 And I saw an Angel standing in the Sun (1mn 13s )
1 - 10 Babylon the great is fallen (4mn 41s )
1 - 11 Rejoice over her O Heavens (3mn 04s )
1 - 12 And I saw a new Heaven (4mn 33s )
1 - 13 Therefore are they before the throne of God (55s )
1 - 14 And I saw a pure river (2mn 22s )
1 - 15 Holy, Holy, Holy (52s )
1 - 16 Heaven and earth are full of Thy glory (5mn 41s )
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