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ans sa jeunesse, le compositeur norvégien Christian Sinding – né à la même époque que Janáček, Chausson, Elgar, à telle enseigne que d’aucuns virent en lui l’Elgar du Nord – composa de la musique romantique ; puis, au tournant du XXe siècle, il composa de la musique postromantique. Enfin, jusqu’à sa mort pas vraiment prématurée en 1941, il composa de la musique néo-romantique. Nombreux furent ceux qui l’accusèrent de ne pas suivre les grandes mutations modernes, ce à quoi il pouvait aisément répondre qu’il vivait très bien de ses compositions, vendues comme des petits knäckebröd à une clientèle bourgeoise, aisée et musicienne, fermement décidée à faire des petits concerts de salon entre amis sans pour autant se casser ni trop les doigts, ni trop la tête.
D’où cette musique, toujours aimable, fluide, mouvante, sans « risque » musical, ce qui ne l’empêche pas d’être fichtrement bien tournée, et largement pas aussi facile à jouer que ce que l’on pourrait imaginer. Romances, élégies, préludes, bruissements printaniers, ballades, harmonies du soir, la panoplie complète du parfait musicien amateur de (très) haut niveau est ici déployée, dans une tonalité qui emprunte bien sûr aux accents nordiques, même si l’on croit parfois déceler quelques tournures plus magyares – l’Elégie en ré mineur, par exemple -, ou encore des moments quasiment impressionnistes, en particulier dans Atmosphère du soir Op. 120a, la toute dernière œuvre du compositeur qui, en 1940, avait quand même réussi à absorber son Fauré-Debussy.
Alors pourquoi Sinding n’est-il plus joué, aux côtés de son compatriote Grieg, sachant qu’à leur époque, les deux étaient considérés comme les gloires musicales du pays ? Bon, en premier lieu, Sinding passa la moitié de sa vie en Allemagne, plusieurs années aux Etats-Unis, et quelques semaines avant sa mort à 85 ans, il fut incorporé plus ou moins sans rien y comprendre au Parti nazi ; largement sénile, un peu sourdingue de surcroît, il semble n’avoir pas même signé son bulletin d’adhésion… mais à la fin de la guerre, la Radio norvégienne lui fit subir un black-out total, ce qui ne fit rien pour sa renommée posthume. Il est temps de l’aider à retrouver sa dignité et sa place dans le concert des nations nordiques.
Détail des pistes :
SINDING Christian
1 - 1 Prélude pour violon & piano, op. 43 n° 3 (3mn 59s )
1 - 2 Romance en ré majeur, op. 100 (9mn 13s )
1 - 3 Abendlied, op. 89 n° 3 (2mn 25s )
1 - 4 Frühlingsrauschen, op. 32 n° 3 (2mn 55s )
1 - 5 Romance en mi mineur, op. 30 (5mn )
Sonate im alten Stil, op. 99
1 - 6 I. Marcato (2mn 55s )
1 - 7 II. Andante doloroso (3mn 57s )
1 - 8 III. Menuet (3mn 27s )
1 - 9 IV. Allegretto (3mn 34s )
1 - 10 V. Un poco maestoso (3mn 36s )
1 - 11 Élégie en ré mineur, op. 61 n° 2 (3mn 13s )
1 - 12 Ballade, op. 61 n° 3 (7mn 03s )
1 - 13 Abendstimmung, op. 120a (6mn 59s )
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