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e nom « Kurt Roger » ne donne pas nécessairement accroire qu’il appartient à un Autrichien ; c’est pourtant le cas, quand bien même Roger adopta la nationalité états-unienne en 1945 après avoir fui l’Europe à l’époque de l’Anschluss.
Elève de Schönberg, il n’en adopta absolument aucun des principes dodécaphoniques, préférant puiser chez le maître viennois l’inspiration formelle et architecturale, le contenant, plutôt que le contenu. Par conséquent, on peut voir en lui un moderne romantique, féru de contrepoint et de polyphonie, mais dans un langage profondément lyrique hérité du premier Schönberg, celui de la Nuit transfigurée ou des Gurre-Lieder. Vers la fin de sa vie, ses œuvres furent souvent jouées par des orchestres tels que Chicago, Washington, New York, Vienne ou le BBC par des musiciens de la trempe de Kubelik, Leinsdorf ou Charles Groves : témoignage de l’excellence du bonhomme.
Le Quintette avec clarinette est l’ultime œuvre de Roger, écrite peu avant sa disparition en 1966 ; une atmosphère sombre, poignante, nostalgique, inquiète, crépuscule musical autant que crépuscule de sa vie… Plus légère, la Sonate pour piano Op. 43 de 1941 emprunte aux styles baroque, romantique et moderniste, dans un style qui n’est pas sans évoquer Villa-Lobos dans la Toccata, Debussy dans l’Interlude et le diable sait qui (quelques parfums de Liszt et Scriabine ?) dans la Phantasmagoria finale, un dangereux fantôme assez atonal. Voilà une pièce assez étonnante, difficile à classer – nous ne la classerons donc point – et éminemment écoutable.
En 1953, l’année du Trio avec piano, il semble que Roger ait connu l’euphorie, à en juger par l’esprit de l’œuvre. Rustique et tendre à la fois, ce Trio est un véritable bonheur – bonheur de la rareté aussi, car il n’est pas si fréquent que l’on se surprenne à aimer dès la première écoute une musique parfaitement inconnue. Et pourtant, elle n’a rien de « facile », en particulier dans l’intense traitement polyphonique et harmonique ; mais sa vitalité ne laissera personne indifférent.
Dernier morceau du CD, Variations sur un air irlandais est un hommage de Roger à son épouse irlandaise, ainsi qu’au pays dans lequel il passa les deux dernières années de sa vie. Ecrit pour flûte, piano et violoncelle, une combinaison bien trop rare malgré sa richesse sonore (quelques œuvres de Haydn, Martinů, Weber, Pierné ainsi que des choses plus récentes), cette pièce de grande ampleur – 23 minutes – saura vous ravir.
Détail des pistes :
ROGER Kurt
Quintette pour clarinette, 2 violons, alto & violoncelle, op. 116
1 - 1 Allegro moderato (8mn 23s )
1 - 2 Lento (7mn 47s )
1 - 3 Introduction and Rondo Finale (Con Spirito) (5mn 13s )
Sonate pour piano, op. 43
1 - 4 Toccata. Allegro non tanto, ma appassionato (4mn 33s )
1 - 5 Interlude. Lento (4mn 11s )
1 - 6 Phantasmagoria. Molto sostenuto (9mn 37s )
Trio pour violon, violoncelle & piano, op. 77
1 - 7 Allegretto (5mn 35s )
1 - 8 Adagio (4mn 34s )
1 - 9 Allegro (2mn 36s )
1 - 10 Variations sur un air irlandais pour flûte, violoncelle & piano, op. 58 (22mn 51s )
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Paru le 23/01/2012