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Référence : 8570964 0747313096473 - 1 CD 64:23 - DDD - Enregistré du 6 au 9 juin 2008 au Studio Glenn Gould de Toronto - Notes en français et anglais En vente sur ce site depuis le 16 décembre 2010 Date parution numérique : 7 décembre 2010
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Caprice sur des airs danois et russes pour flûte, hautbois, clarinette & piano, op. 79 Sonate pour clarinette en mi bémol majeur, op. 167 Sonate pour hautbois en ré majeur, op. 166 Sonate pour basson en sol majeur, op. 168 Romance en mi majeur, op. 67 (arr. pour cor & piano) Tarentelle pour flûte, clarinette & piano, op. 6
Canada’s National Arts Centre Wind Quintet
(Joanna G’froerer, flûte - Charles Hamann, hautbois - Christopher Millard, basson - Kimball Sykes, clarinette - Lawrence Vine, cor) Stephane Lemelin, piano
et enregistrement présente des oeuvres de jeunesse pour vents, de Camille Saint-Saëns. Le National Arts Centre Wind Quintet, ensemble canadien, accompagne le pianiste Stéphane Lémelin, lauréat du conocours Casadesus, dans ces pièces charmantes et douces.
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Camile Saint-Saëns
Musique pour instruments à vent
Camille Saint-Saëns fut l’un des musiciens les plus
talentueux de son époque, compositeur prolifique,
champion de la musique française et l’un des plus
grands pianistes et organistes du XIXe siècle. C’était
aussi un écrivain et érudit respecté, et un mathématicien
et astronome amateur doué. Au début de sa carrière,
dans les années 1850, on le célébrait comme le jeune
compositeur français le plus brillant de son époque, qui
remporta de prestigieux concours de composition et
s’attira le soutien de certains des plus célèbres
compositeurs d’alors, Rossini et Berlioz.
Malgré toutes
ces prouesses, Saint-Saëns était considéré comme
insensible et conservateur par certains de ses
contemporains. A la fin de sa vie, dans les années 1900,
bon nombre des compositeurs français de premier plan
de l’heure – comme Debussy – le jugeaient vieux jeu et
réactionnaire. Ses œuvres les plus célèbres telles que le
Carnaval des Animaux et la Symphonie pour orgue
étaient taxées de populisme et de frivolité, cherchant
plus à plaire aux foules qu’à créer sérieusement. Et ce
n’est pas là le seul paradoxe de la musique de Saint-Saëns. Il idolâtrait les compositeurs du monde
germanophone, Bach et Mozart notamment, et fut l’un
des premiers musiciens à faire connaître Wagner au
public français. Pourtant, alors qu’il était au faîte de sa
carrière durant les années 1870 et 1880, il promouvait
sans relâche la nouvelle musique française, et pendant la
Première Guerre mondiale, il soutint qu’il fallait
suspendre toutes les exécutions de musique allemande à
Paris.
Sa vie privée aussi fut étrangement contradictoire :
l’un de ses plus brillants disciples fut Gabriel Fauré
(dont le Requiem est si célèbre), et pour l’épouse et les
enfants de Fauré, il devait demeurer l’équivalent d’un
oncle débonnaire. En revanche, sa propre vie de famille
fut marquée du sceau de la tragédie, et il abandonna son
épouse au bout de trois ans de vie commune pour ne plus
jamais lui adresser la parole. Le point de vue de Saint-
Saëns sur ces conflits et ces contradictions était simple :
“Je suis un esprit éclectique. C’est peut-être un défaut mais je n’y peux rien changer; on ne peut pas refaire sa
propre personnalité.
Les cinq morceaux qui figurent sur cet
enregistrement couvrent une bonne partie de l’existence
passionnante et variée de Saint-Saëns. Ils renferment
certaines de ses plus belles pages pour petits ensembles
‘de chambre’, domaine musical pour lequel Saint-Saëns
composa souvent pendant sa longue vie, et ils
constituent certaines de ses œuvres les plus importantes
en la matière.
La plus ancienne, la Tarentelle pour flûte, clarinette
et piano, écrite à l’origine pour flûte, clarinette et
orchestre de cordes, date de 1857. Alors âgé de 22 ans,
Saint-Saëns était le grand favori du milieu musical
parisien; il avait été nommé organiste de l’église de la
Madeleine, l’un des emplois musicaux les plus
prestigieux de France, et il venait de rentrer d’un voyage
en Italie qui avait stimulé son inspiration (au départ, la
‘Tarentelle’ est une danse effrénée du sud de l’Italie qui
imite les effets d’une piqûre de tarentule). C’est une
page rapide, virtuose et pleine des flamboiements qui
caractérisaient Saint-Saëns, tout à fait la musique d’un
jeune homme sûr de lui.
La Romance pour cor et piano et le Caprice sur des
airs danois et russes pour flûte, hautbois, clarinette et
piano furent écrits en 1885-86, à l’époque de la célèbre
Symphonie pour orgue et du fameux Carnaval des
Animaux. Saint-Saëns était en pleine possession de ses
moyens et vivait sa période la plus faste depuis plus de
vingt ans. Sa désastreuse union venait de prendre fin, et
on le fêtait à Paris et à Londres à la suite de plusieurs
voyages en Angleterre couronnés de succès. L’état
français l’avait fait Officier de la Légion d’Honneur et
ses deux derniers opéras avaient été des triomphes, tant
du point de vue musical que financier. Il était également
Président de la Société Nationale de Musique, le cercle
de musiciens le plus important de France, voué à la
promotion de la musique et des compositeurs français.
Les deux morceaux regorgent de sa hâblerie typique de cette époque. La Romance utilise la sonorité
naturellement noble du cor pour formuler certaines des
pages les plus affirmées et séduisantes de Saint-Saëns.
Le Caprice débute avec une majesté similaire par une
série d’éclats du piano et les fanfares des instruments à
vent. Il s’installe alors dans une série de mélodies
envoûtantes ponctuées de passages virtuoses et
d’imposantes déclarations, suivies d’une brève fanfare
finale pour clore le tout. Ces deux ouvrages présentent
d’autres traits caractéristiques de Saint-Saëns.
Généralement, dans la musique pour piano et
instruments solistes, le piano joue les utilités,
fournissant les fondations sur lesquelles les autres
parties édifient leurs mélodies, mais Saint-Saëns le
pianiste occupe le devant de la scène pendant tout le
déroulement de la Romance et du Caprice, avec pour le
piano quelques parties qui, fait typique, sont aussi
magnifiques que virtuoses.
Les Sonates pour clarinette, hautbois et basson,
toutes avec piano, furent écrites en 1921, dernière année
de la vie de Saint-Saëns, et comptent parmi ses œuvres
les plus importantes. Il semble qu’il ait rencontré moins
de succès durant ses dernières années qu’au cours de
périodes antérieures de sa vie. Il continua néanmoins de
mener une belle carrière d’interprète, notamment en
Angleterre puis aux USA, où il fut accueilli en héros lors
d’une tournée effectuée en 1915, mais sa musique était
tombée en désuétude dans sa France natale. Les
compositeurs de son pays, et notamment Debussy et
Ravel, y développaient un langage musical nouveau,
résolument moderne. En 1913, quelques années
seulement auparavant, les harmonies et les rythmes
novateurs du ballet de Stravinski Le Sacre du printemps
avaient presque provoqué une émeute dans le théâtre
parisien où l’ouvrage fut donné. Dans la Vienne de
Mozart, certains musiciens avaient opéré une rupture
totale avec la musique traditionnelle de Bach, Beethoven
et Brahms et créé des règles de composition entièrement nouvelles. La Première Guerre mondiale jeta elle aussi
un sombre voile sur les compositeurs de l’époque, et
l’incertitude économique et politique régnait en maître.
Les dernières décennies romantiques du XIXe siècle
s’étaient envolées et le temps où l’Europe avait joui
d’une paix et d’une prospérité relatives était révolu.
La réaction de Saint-Saëns dans ce contexte fut de
se draper dans un style de musique plus austère et plus
manifestement française, ce qui est évident à l’écoute de
ces trois dernières sonates. Les flamboiements et les
fanfares romantiques ne sont plus, remplacés par des
lignes épurées pour l’instrument soliste et un
accompagnement de piano plus léger. Saint-Saëns est
sans doute moins enclin à déployer son prodigieux
talent, se souciant plus de créer des pages belles, calmes
et simples.
Le meilleur exemple de ce calme et de cette
austérité est la manière dont Saint-Saëns structure la
Sonate pour basson, dernier des trois ouvrages. Les
sonates obéissent souvent à un schéma bien rodé de trois
mouvements, avec un premier volet assuré et entraînant,
un mouvement central lent et un finale rapide. Pour ce
morceau, sans doute l’une de ses deux ultimes
compositions, Saint-Saëns prend ce modèle à contrepied
: un premier mouvement rapide est suivi d’un
deuxième encore plus leste, puis le dernier mouvement
est marqué Molto adagio. Peut-être ce dernier
mouvement est-il une sorte de chant du cygne pour
Saint-Saëns, l’adieu d’un compositeur qui était alors
considéré comme une relique du passé. Dans ce cas,
c’est peut-être le Saint-Saëns des années 1880, célébré
comme le plus grand des musiciens français, qui n’a pas
pu résister à une dernière fanfare, couronnant ce sombre
adieu d’un dernier et bref flamboiement.