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a musique contemporaine chinoise, me direz-vous, n’emprunte-t-elle pas « trop » au fonds folklorique chinois ? Mais, vous répondrai-je, pas plus que la musique contemporaine hongroise, tchèque, danoise, latino-américaine, inuit, n’emprunte au folklore hongrois, tchèque, danois, latino-américain ou inuit. Alors pourquoi les Chinois n’y auraient-ils pas droit ? Sous seul prétexte que la gamme chinoise de base, pentatonique, manque de variété ? Mais il ne faut pas imaginer ces emprunts comme une modernisation d’un système antique : c’est bel et bien une révolution culturelle que voilà, dans laquelle l’immuable tradition chinoise se trouve enfin – et subitement – confrontée à des décennies de modernité occidentale. Le résultat est étonnant.
Etonnant car les nouveaux compositeurs chinois ont su merveilleusement intégrer toutes les influences, toutes les techniques, sans jamais se laisser terroriser par une certaine frange légèrement dictatoriale de l’avant-garde européenne (pas de noms, s.v.p.) qu’ils ont gentiment intégrée, elle aussi, comme une des choses de l’existence, mais pas comme l’unique canal autorisé. Le résultat est là, dans les pièces de Zhou Long (* 1953), compositeur autant chinois – il est né à Pékin, et a subi les délires de la Révolution culturelle au volant d’un tracteur pendant plusieurs années – qu’états-unien, puisqu’il s’est installé aux Etats-Unis dans les années 90, profitant de l’engouement pour la chose chinoise pour proposer au public local la vraie musique populaire de son pays. Idem pour Chen Yi (* 1953 aussi), l’épouse et partenaire de Zhou Long, même si Chen Yi est plus influencée par les idiomes chinoisisants. Tonalité contre atonalisme, chinoiseries contre occidentalismes, folklore contre science d’écriture, tout y est mêlé, digéré, transcendé. Leurs présentes œuvres sont donc une fusion est-ouest particulièrement réussie, extraordinairement libre, qu’il convient de découvrir sans aucun a priori.
Pour ceux d’entre vous qui auraient lu La Véritable histoire de Ah Q de Lou Sin (ou Lu Xun selon l’orthographie pinyin officielle), cet extraordinaire écrivain chinois des années 20 - 30, écoutez en particulier le Monologue de Chen Yi d’après cette nouvelle, mettant en scène un pathétique ringard qui transforme chacune de ses humiliations en une sorte de victoire personnelle. Ainsi, s’étant fait rosser d’importance par un noble local, il pavane devant la foule en se vantant de ses contacts rapprochés avec les gens de la haute… cruelle métaphore de la Chine d’alors, obsédée de façade, de paraître, et de situation sociale. Bref ; Chen Yi décrit le malheureux minable avec tendresse, comme une sorte de Don Quichotte monologuant avec sa propre nullité.
Oui, décidément, la musique contemporaine chinoise a de beaux jours devant elle.
Détail des pistes :
ZHOU Long
1 - 1 Su (Tracing Back), version pour flûte & guqin (6mn 57s )
1 - 2 Pianogongs pour piano & luo (7mn 26s )
1 - 3 Taiping Drum pour violon & piano (5mn 19s )
CHEN Yi
1 - 4 Monologue (Impression on "The True Story of Ah Q") pour clarinette (4mn 49s )
1 - 5 Romance of Hsiao and Ch' in (version pour violon & piano) (3mn 28s )
Chinese Ancient Dances pour clarinette & piano
1 - 6 I. Ox Tail Dance (5mn 43s )
1 - 7 II. Hu Xuan Dance (2mn 27s )
ZHOU Long
1 - 8 Wild Grass pour narrateur & violoncelle (7mn 55s )
Taigu Rhyme pour clarinette, violon, violoncelle & percussion
1 - 9 I. — (5mn 52s )
1 - 10 II. — (2mn 46s )
1 - 11 III. — (3mn 14s )
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