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endant longtemps, la musique chinoise (hors musique populaire ou folklorique) a bêtement copié la musique légère européenne, avec force pentatonisme de carte postale, le tout assaisonné de quelques percussions hystériques pseudo-chinoises. Le résultat, assez hilarant, ce sont des pièces caractéristiques, souvent à la gloire de la Chine ou de sa vaillante population, sans oublier les papillons et cerfs-volants de service. Lors de la Révolution culturelle, la seule musique « savante » vaguement tolérée consistait en une poignée d’opéras ou de ballets chantant la victoire des paysans et la chute des bourgeois. Triste époque, heureusement révolue : la Chine peut maintenant s’enorgueillir de dizaines d’orchestres symphoniques, et de milliers de musiciens professionnels de haut niveau qui commencent d’ailleurs sérieusement à arriver sur le marché occidental.
Parmi les premiers débarqués en Occident, Ge Gan-Ru (Ge, c’est le nom de famille, Gan-Ru les deux prénoms) : sans doute fut-il le premier compositeur chinois d’avant-garde, ce qui lui valut en 1983 de quitter le pays pour chercher sa voie à New York, où il commença sa carrière comme… livreur pour un restaurant chinois. Peu après, le Kronos Quartet découvrait son Premier quatuor à cordes, de sorte que la nouvelle carrière de Ge dans la restauration prit un sérieux coup dans l’aile, puisqu’il put dès lors vivre de sa seule musique. Ce Premier quatuor, on l’entend ici : en effet, le langage s’attache encore à l’avant-garde d’alors. Mais Ge semble, avec le Quatrième quatuor que l’on découvre également ici, avoir largement largué l’avant-gardisme pur et dur pour une écriture qui s’approcherait infiniment plus de La Nuit transfigurée de Schönberg, à savoir un lyrisme profondément moderne. Là où le Premier quatuor est « intéressant », le Quatrième est tout simplement magnifique.
Enfin, le Cinquième quatuor donne son nom à ce CD : La Chute de Bagdad de 2007, un hommage affiché a Black Angels de George Crumb. Le premier mouvement fait appel à tout un arsenal d’effets sonores aux cordes, à la limite de l’inouï sans doute. On peut imaginer que Ge cherche à évoquer des choses abominables, et dans cette optique, c’est parfaitement réussi ! Cela dit, le mouvement s’achève sur un déchirant lamento, funèbre et désolé. Second mouvement : Music from Heaven (Musique en provenance des Cieux), où Ge intègre des accents de musique moyen-orientale dans un autre lamento puis dans une sorte de danse macabre tout à fait effrayante. Pour finir, le dernier mouvement retourne à un langage quasiment tonal, comme si Mozart avait poussé à son paroxysme le début du Quatuor des dissonances – avant un passage effarant où le violoncelle hurle son incompréhension et son désespoir dans une ultime question sans réponse. Oui, décidément, les compositeurs contemporains chinois en ont dans le ventre !
Détail des pistes :
GE Gan-Ru
1 - 1 Quatuor à cordes n°1 "Fu" (11mn 35s )
Quatuor à cordes n° 4 "Angel Suite"
1 - 2 I. Cherub (5mn 12s )
1 - 3 II. Gnomes (6mn 36s )
1 - 4 III. Prayer (7mn 59s )
1 - 5 IV. Angel’s March (6mn 35s )
Quatuor à cordes n° 5 "Fall of Baghdad"
1 - 6 I. Abyss (7mn )
1 - 7 II. Music From Heaven (5mn 48s )
1 - 8 III. Desolation (9mn 53s )
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