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uand j’entends le nom Reger, j’ai envie de faire une fugue », ainsi pourrait-on caractériser, en paraphrasant un dignitaire nazi peu recommandable des années 40, l’impression que provoque sur tant d’auditeurs la mention de ce musicien. On le voir comme un petit binoclard, empâté dans son faux-col, le nez collé sur les partitions qu’il charge de mille milliards de contrepoints, un peu repoussant y compris physiquement [dixit Stravinski, et encore, si on vous disait ce qu’il pensait de sa musique…], et on aura parfaitement raison : c’est exactement ce qu’il était. Ce qui ne l’empêcha pas d’être considéré par bien des contemporains comme un extravagant avant-gardiste iconoclaste – qui, vers les années 20, était le compositeur moderne le plus joué dans la sphère germanophone, plus encore que Strauss !
Et surtout, lui-même savait que sa musique n’était pas de son temps : « Dans quelques années, on me traitera de réactionnaire et l’on jettera mes œuvres au rebut, mais mon temps viendra ». Naturellement, vivre et créer à une époque où d’autres écrivaient le Sacre ou le Poème de l’extase ou La Mer, ne devait pas être chose facile, et la présence écrasante de ces pionniers n’arrangea pas les affaires de Reger. Cela dit, ses œuvres pour orgue sont réellement de fascinantes explorations du monde contrapuntique le plus fou, le plus extravagant, le plus implacablement logique aussi, ce qui implique un sérieux effort d’attention de la part de l’auditeur. Mais une fois dépassé l’aspect sémantique de ces pièces, on découvre un monde merveilleux, un monde où la fugue est devenu un mode de pensée entièrement sublimé.
Tout cela sur l’orgue Johannes Klais de la cathédrale de Trèves en Allemagne, construit en 1974 ; cette entreprise, fondée en 1882, s’est rendue célèbre par des restaurations ou des constructions de très haut niveau, dans les plus grandes cathédrales et salles de concerts du monde. Klais fut un véritable novateur dans l’utilisation, dès 1906, des mécanismes électriques, avant de développer l’art de la console ergonomique entre les deux guerres. Un magnifique instrument symphonique dans le style allemand, moins « envahissant » que les modèles de Cavaillé-Coll, et parfaitement adapté pour le langage de Reger qui exige une grande clarté des sonorités pour laisser éclore les polyphonies.
CHAN10532 - Paru le 06/08/2009
Détail des pistes :
REGER Max
Variations & Fugue sur "Heil, unserm König Heil"
1 - 1 Variations (3mn 38s )
1 - 2 Fugue (4mn 23s )
12 Pièces, op. 65
1 - 3 N° 1. Rhapsodie en ut dièse mineur (7mn 26s )
1 - 4 N° 2. Capriccio en sol majeur (5mn )
1 - 5 N° 3. Pastorale en la majeur (4mn 57s )
1 - 6 N° 4. Consolation en mi majeur (4mn 08s )
1 - 7 N° 5. Improvisation en la mineur (5mn 03s )
1 - 8 N° 6. Fugue en la mineur (5mn 05s )
Préludes de choral
1 - 9 Es kommt ein Schiff geladen (1mn 04s )
1 - 10 Wie schön leuchtet der Morgenstern (1mn 25s )
1 - 11 O Haupt voll Blut und Wunden (1mn 49s )
1 - 12 O Traurigkeit, o Herzeleid (5mn 23s )
1 - 13 Christ ist erstanden (1mn 17s )
1 - 14 Komm süßer Tod (4mn 39s )
1 - 15 Fantaisie sur un choral "Straf'mich nicht in deinen Zorn", op. 40 n° 2 (13mn 51s )
Votre compte
Ian Yungwook Yoo, piano
Symphonies de Franz Krommer, Carl Stamitz, Ignace Joseph Pleyel, Leopold Kozeluch, Paul Wranitzky / London Mozart Players - Matthias Bamert, direction
CHAN106285 - Chandos Records
5 CD Classique
Paru le 26/08/2010
Chants de Gui d'Ussel, Lo Monge de Montaudon, Guilhem Ademar, Peirol, Uc Brunenc, Albertet de Sisteron, Pistoleta, Cadenet, Blaccaset... / Troubadours Art Ensemble - Gérard Zuchetto, direction