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ans doute Schönberg pensait-il que, le temps aidant, les générations futures pourraient siffloter sa musique comme on siffle de nos jours la Quarantième de Mozart. Hé non, on ne chante toujours pas Schönberg dans la baignoire, mais force est de constater que sa musique a fini par « entrer dans les fibres » des auditeurs, surtout après quelques décennies de lavements avant-gardistes aux côtés desquels le Trio pour cordes de Schönberg semble une aimable Petite musique de nuit.
C’est justement avec ce trio que commence l’hommage rendu ici par Robert Craft, le factotum-rémora du compositeur, qui dirige la majorité des œuvres exigeant la présence d’un chef. Dans leur grande majorité, ce sont des œuvres des années 1925-1930, hormis précisément ce Trio, né dans la douleur – littéralement : le 2 août 46, Schönberg se réveilla avec une forte douleur de poitrine, plus ou moins un infarctus, qui le terrassa quelques jours, mais le 20 août il se lançait dans l’écriture et l’achevait un mois plus tard ; il en parla comme d’une « représentation humoristique de [sa] maladie ». Chacun évaluera le niveau d’humour dans l’ouvrage !
La Suite-Septuor de 1925, à côté, semblerait presque classique, quand bien même elle emprunte le système dodécaphonique – mais Schönberg ne refuse pas les éventuels croisements évoquant la tonalité ou les accords consonants, tandis que ses emprunts rythmiques aux danses du jour rappellent combien il sait jouer avec les sens. Le Thème et variations formant troisième mouvement, très curieusement, associe une mélodie à 100% tonale, populaire, avec un accompagnement dodécaphonique ! Tout aussi intrigant, l’Accompagnement à une scène cinématographique de 1929 illustre musicalement un film imaginaire. Sans doute est-ce dans ce genre d’œuvre qu’il s’approche le plus de l’expressionnisme de Berg, avec de nombreux frottements tonaux.
Enfin, deux œuvres chorales, toujours de l’époque 1925-26, qui témoignent que le compositeur était parfaitement à l’aise dans chacune des formes qu’il abordait. C’est dans ce genre de format qu’il suit le plus la tradition romantique tardive, quand bien même le langage aborde l’atonalité avec bonne humeur. Mais il n’oublie pas qu’un chœur a cappella peut rapidement tomber dans le ratage total s’il n’a pas quelques repères de tonalité.
Détail des pistes :
SCHÖNBERG Arnold
String Trio, Op. 45 (1946)
1 - 1 Part I - (1mn 55s )
1 - 2 First Episode - (5mn 28s )
1 - 3 Part II - (3mn 22s )
1 - 4 Second Episode - (2mn 44s )
1 - 5 Part III (5mn 20s )
4 Pieces for Mixed Chorus, Op. 27
1 - 6 No. 1. Unentrinnbar (1mn 31s )
1 - 7 No. 2. Du sollst nicht, du musst (1mn 15s )
1 - 8 No. 3. Mond und Menschen (3mn 29s )
1 - 9 No. 4. Der Wunsch des Liebhabers (4mn 24s )
Three Satires for Mixed Chorus, Op. 28
1 - 10 No. 1. Am Scheideweg (54s )
1 - 11 No. 2. Vielseitigkeit (35s )
1 - 12 No. 3. Der neue Klassizismus (9mn 36s )
Septet-Suite, Op. 29
1 - 13 I. Ouverture: Allegretto (8mn 29s )
1 - 14 II. Tanzschritte: Moderato (7mn 38s )
1 - 15 III. Thema mit Variationen (5mn 42s )
1 - 16 IV. Gigue (7mn 05s )
1 - 17 Accompaniment to a Cinematographic Scene, Op. 34 (8mn 27s )
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