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  • 1 CD Classique - 1C1135
  • Philippe Gaubert

10 de Classica-Répertoire 5 de Diapason
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Référence : 1C1135 - 3377891311353 - 1 CD Digipack : 71:00 - DDD - Enregistré au Luxembourg (Philharmonie) en janvier 2008 - Notes en français et anglais
En vente sur ce site depuis le 25 septembre 2008
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Philippe Gaubert (1879-1941)

Symphonie en fa * (1935)
Les Chants de la Mer (1929)
Chants et parfums, mer colorée - La Ronde sur la falaise (Scherzo) - Là-bas, très loin, sur la mer
Concert en fa * (1932)

* Première mondiale

Orchestre Philharmonique du Luxembourg
Direction Marc Soustrot

i plusieurs disques ont illustré le Gaubert flûtiste, les œuvres orchestrales du compositeur Gaubert n’existaient que par quelques faces 78 tours gravées par lui-même avant-guerre. C’est donc la première fois qu’un disque symphonique est consacré à cet éminent compositeur.
Il est de bon ton de parler de « musique de chef d’orchestre » dès qu’un musicien délaisse la baguette pour la plume (Furtwängler, Kubelik, Inghelbrecht…) ; mais on est ici en face d’un véritable créateur, original, doué, ne cédant jamais à la facilité du professionnel connaissant son métier. On est étonné de la richesse de l’invention, du don de coloriste, de la maîtrise des vastes formes, qui le placent d’emblée parmi les grands de cette époque.
    Faut-il ajouter que Marc Soustrot, qui s’était fait rare au disque, fait sonner l’admirable OPL (aux sonorités bien françaises) de telle manière que cette redécouverte s’impose dans le paysage du disque comme un moment fort de la rentrée 2008/2009 ?

 

Détail des pistes :


GAUBERT Philippe
Symphony in F
1 - 1     I. Lent, calme – Allegretto (12mn 50s )    
1 - 2     II. Adagio (9mn 04s )    
1 - 3     III. Scherzo : très vif et léger (4mn 38s )    
1 - 4     IV. Final (8mn 42s )    


Les Chants de la Mer
1 - 5     I. Chants et parfums, mer colorée (8mn 13s )    
1 - 6     II. La Ronde sur la falaise (Scherzo) (4mn 10s )    
1 - 7     III. Là-bas, très loin, sur la mer (5mn 09s )    


Concert in F
1 - 8     I. Lent, majestueux – Allegro moderato (7mn 20s )    
1 - 9     II. Lent, doucement expressif – Tempo di minuetto (6mn 36s )    
1 - 10     III. Vif et léger (3mn 28s )    

 Cliquez pour écouter le podcast lié :
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Un compositeur qui dirige ? Un chef qui compose ?



    La question se pose évidemment aujourd’hui à propos de Pierre Boulez ; on sait moins qu’elle concerne un nombre étonnant d’éminents musiciens français de la première moitié du XXe siècle. André Messager, Gabriel Pierné, Rhené-Baton, Albert Wolff, André Caplet, D.-E. Inghelbrecht, Manuel Rosenthal, sans compter l’Italien français d’adoption Piero Coppola : il n’y a que l’embarras du choix ! Et parmi eux, Philippe Gaubert, dont l’œuvre magnifique et abondante mérite autant que celle de Pierné d’émerger d’un inqualifiable oubli. Ce premier CD entièrement consacré à sa musique symphonique donnera — j’en suis sûr — le coup d’envoi d’une nécessaire résurrection.
    Personnalité des plus attachantes que celle de ce natif de Cahors, où il vint au monde le 3 juillet 1879. Un portrait de jeunesse montre un méridional typique, très mince, au visage énergique barré d’une superbe moustache, aux yeux sombres étincelants d’ardeur sous la chevelure ondulée noir corbeau. À la fin, nous dit Paul Landormy, il était devenu corpulent (car il aimait la bonne chère et le bon vin), le visage plein, mais avec toujours la même ardeur adolescente dans le regard. Il ajoute : « On y lisait, surtout dans ses dernières années, une grande bonté. » À sept ans seulement, il quitta son Quercy natal pour Paris ; il en conservera la savoureuse pointe d’accent. L’enfant montra très vite d’exceptionnelles dispositions pour la musique, en particulier pour la flûte, et il devint l’élève du premier virtuose de l’époque, le célèbre Paul Taffanel ; à quatorze ans seulement, il remporta le Premier prix du Conservatoire de Paris.
    Sa carrière semblait toute tracée : flûtiste solo à la Société des Concerts du Conservatoire et à l’Opéra, et plus tard (1919) successeur de son maître Taffanel à la classe de flûte du Conservatoire, il demeure connu aujourd’hui avant tout pour ses nombreuses œuvres de musique de chambre consacrées à l’instrument, notamment les trois Sonates et la Sonatine — seule partie de sa vaste production fréquemment enregistrée, en particulier outre-Atlantique. Mais depuis 1904 s’amorça une nouvelle carrière, qui allait éclipser l’autre : n’ayant jamais dirigé un orchestre auparavant, il s’imposa d’un coup dans le Finale de la Neuvième de Beethoven avec une maîtrise et une flamme telles qu’il fut nommé sur le champ deuxième chef à l’Opéra. Dès 1920 il passait premier chef, puis, à partir de 1931, Directeur de la musique, succédant également, la même année, à d’Indy à la classe de direction d’orchestre au Conservatoire. Mais, dès 1919 — et jusqu’en 1938 — il avait pris la place d’André Messager à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. À l’Opéra, il créa des chefs-d’œuvre de l’importance de Padmâvatî et de Bacchus et Ariane de Roussel, d’Œdipe d’Enesco, d’Oriane de Florent Schmitt, et pour finir, de la Médée de Darius Milhaud dont la carrière fut presque aussitôt interrompue par l’invasion allemande. À la Société, outre les grands classiques et ses aînés immédiats (Debussy, Ravel, Dukas, Roussel…) il portait une attention particulière aux jeunes compositeurs, qu’il encouragea beaucoup. Quelques trop rares enregistrements préservent son double talent de flûtiste — peut-être le plus grand de son temps — et de chef d’orchestre plein de tempérament, d’énergie, de soleil du midi, mais aussi de voluptueuse tendresse et d’émotion.
    Mais Philippe Gaubert était un musicien complet : interprète, pédagogue et… créateur. Sa formation dans ce domaine, très traditionnelle — Pugno, puis Leroux pour l’harmonie, Caussade pour le contrepoint, Lenepveu pour la composition — aurait pu en faire un pur produit de l’académisme conventionnel, mais il n’en fut rien, et après un deuxième Grand Prix de Rome en 1905, il renonça à ce genre d’honneurs, bien trop accaparé par ses multiples talents. À partir d’une Rhapsodie sur des thèmes populaires (du Quercy bien sûr !) créée en 1909, il édifia en une trentaine d’années une œuvre abondante et variée dans tous les domaines — opéras, ballets, cantates, quatre-vingt-dix mélodies avec piano ou orchestre, musique de chambre — mais où la musique symphonique occupe la place de choix, avec surtout les grandes pages de maturité, commencées avec Les Chants de la mer (1929) enregistrés ici. C’est l’une des œuvres, avec le poème symphonique Au pays basque (1930) dont l’inspiration provient de son lieu de villégiature préféré, Guéthary, où sa silhouette coiffée d’un béret basque devint vite familière parmi les pelotari. Et il créait généralement ses « devoirs de vacances » à la tête de « son » orchestre, où l’accueil était immanquablement chaleureux. En dehors des trois œuvres retenues ici, on citera avant tout les Fresques de 1923, le Concerto pour violon, les fastueuses Inscriptions pour les portes de la ville de 1934, dont la matière très « orientalisante » devait nourrir trois ans plus tard le ballet, ou plutôt l’« épopée chorégraphique » Alexandre le Grand. Après le Poème des champs et des villages sur des vers de Paul Fort (1939), sa carrière s’acheva inopinément sur une de ses plus belles réussites, un nouveau ballet, Le Chevalier et la damoiselle , sur un argument de Serge Lifar comme le précédent, créé le 1er juillet 1941, une semaine exactement avant sa mort brutale d’une congestion cérébrale ; il n’avait que soixante-deux ans.

    La musique de Gaubert, ni révolutionnaire ni rétrograde, s’inscrit dans la plus belle et la plus pure tradition française : éclat sans emphase, puissance sans lourdeur, lyrisme généreux ou tendresse d’une exquise pudeur, le tout servi par une orchestration chatoyante qui procède de Debussy et de Dukas sans ressembler ni à l’un ni à l’autre.
    Si les Chants de la mer relèvent du plus séduisant impressionnisme, le Concert en Fa actualise sans sécheresse, mais au contraire de manière savoureuse et spirituelle, ce néo-classicisme qui faisait tant de ravages à l’époque. Enfin, la Symphonie en Fa qui ouvre ce programme, et qui demeure sans doute l’œuvre maîtresse de son auteur, couronne sa production par une partition dont la superbe ampleur sait demeurer dépourvue d’excès, ferme et parfaitement maîtrisée dans sa structure. Non loin de celles de Roussel — auxquelles elle ne ressemble d’ailleurs pas du tout — c’est, tout simplement, l’une des grandes symphonies françaises de son temps.
    Le premier mouvement est le plus vaste des quatre, bien que dominé par un seul thème principal exposé au hautbois avec sa syncope caractéristique dans un tempo d’Allegretto, succédant à une introduction (Lent et calme) établissant un climat de lumineuse sérénité. Et de fait, malgré le tempo qui progressivement s’anime, c’est le lyrisme qui prédomine, d’une fraîcheur agreste et heureuse. Au centre du morceau, le cor chante le thème en valeurs augmentées et, de bucolique qu’il était il devient à la fois noble et grave. La réexposition de cette libre forme sonate se fait en force, mais toujours dans ce même caractère animé et primesautier. Après l’accalmie qui semble en signaler la fin, le compositeur nous surprend encore avec un important développement terminal, avant que le morceau ne s’achève sur l’affirmation de ses grands accords détachés.
    On passe en ré bémol majeur et à la mesure à 6/8 pour l’Adagio, et l’on remarquera que ce sont la tonalité et le rythme du mouvement lent du Quatuor de Debussy. De fait, les teintes harmoniques et orchestrales se font quelque peu debussystes pour cette rêverie exprimant une profonde paix et une grande bonté d’âme, rêverie empruntant le libre cadre d’un lied en cinq parties, dont les épisodes pairs font appel à un violon solo marqué doux et mélancolique ; mais c’est encore la mélancolie du bonheur, dont on pressent qu’il est éphémère : « ô temps, suspends ton vol », semble nous dire cette musique d’une exquise pudeur d’âme. Après une brève bouffée de passion, c’est encore le violon solo qui vient clore le songe évanescent de cette pure campagne de France…
    Après cette idylle virgilienne s’élance le délicieux divertissement du Scherzo (Très vif et léger), caracolant, virevoltant au gré de ses rythmes pointés de gigue, bien que l’esprit soit plutôt celui d’une farandole. Dans l’étincelante écriture orchestrale les bois sont à la fête, et leurs rythmes demeurant présents lors des deux brefs intermèdes dans le caractère d'un Trio en belles harmonies des cordes en valeurs longues. C’est un authentique joyau, digne de soutenir la comparaison avec le Scherzo de Lalo.
    Le Finale est de structure plus complexe et de contenu émotionnel plus chargé que les pages précédentes. Un triple appel des cuivres seuls (thème ascendant, réponse en choral) affirme pour la première fois la gravité de fa mineur. Au sommet de la tension de l’orchestre, c’est l’heureuse éclaircie d’un chant agreste et souple des bois qui chasse le gros nuage. À sa seconde apparition, il faut d’abord une vigoureuse polyphonie aux rythmes carrés (bref épisode d’un Bach à la française) pour en venir à bout, de sorte qu’après la reprise du « chant agreste » la sombre fanfare qui ouvrait le morceau est transfigurée en Fa majeur, aboutissant à un large et puissant choral environné de contre-chants, où Gaubert se rapproche inopinément des « scholistes », de Magnard en particulier. Et la victoire couronnant tardivement cette œuvre qui démarrait sous d’aussi heureux auspices paraît à présent durement gagnée.
    Fruit des étés de 1935 et 1936 passés à Guéthary, La Symphonie en Fa fut créée sous la direction du compositeur dirigeant « son » orchestre le 8 novembre 1936, et fut accueillie comme le jalon le plus important de sa carrière créatrice.
    Les Chants de la mer sont antérieurs de sept ans, puisqu’ils furent entendus pour la première fois, toujours avec la Société des Concerts du Conservatoire dirigée par l’auteur, le 12 octobre 1929. Dédiés à Gabriel Pierné, ces trois tableaux symphoniques, témoignage parfait de ce « romantisme impressionniste » propre à Gaubert, sont préfacés chacun par un poème qui en éclaircirait le sens si c’était nécessaire.
    Intitulé Chants et parfums, mer colorée, le premier, le plus développé, cite une des Ballades de la mer de Paul Fort, qui nous parle de « douceur d’aimer, douceur de vivre », et qui culmine dans le cri « Mon Dieu, que j’aime la lumière ! » Il nous offre un curieux mélange de Debussy et de… d’Indy ! Dans la première partie, Gaubert y clame éperdument son admiration pour De l’aube à midi sur la mer, avec son 6/8 berceur, ses appels de cors, ses harmonies majeures aux sixtes ajoutées, rehaussées de quelques passages en gammes par tons. Elle sera brièvement reprise pour finir après un épisode central plus vigoureux en 4/4, où rode le souvenir d’Aurore, premier mouvement du Jour d’été à la montagne d’indyste.
    La Ronde sur la falaise tire son titre d’une autre Ballade du même recueil de Paul Fort. C’est un très preste Scherzo, d’orchestration légère et scintillante, dont le 3/8 fait place en son milieu à un 2/4, plus râblé qui évoque encore une fois le Scherzo de Magnard (2e et 4e Symphonies, par exemple), avec ses anapestes typiques.
    Mais Gaubert va terminer son triptyque par une page beaucoup plus sombre, plus profonde aussi, Là-bas, très loin, sur la mer, et dont il a cette fois écrit le poème lui-même. Il vaut la peine de le citer entièrement, car les trois volets de la pièce en reflètent fidèlement le propos. « Au soir… soleil rouge… le crépuscule est lourd au matelot qui peine, triste, les yeux nostalgiques… la mer se mélange aux tons bleus du crépuscule… tristesse environnante des choses… » Cette partie s’édifie entièrement sur un appel obsédant, lancinant, qui énonce déjà celui qui ouvrira le Finale de la Symphonie. « Le souvenir du pays monte en bouffées vers le matelot redressé, qui tend, joyeux, en un élan d’espoir, les bras, là-bas, vers le foyer… » Brusque changement d’éclairage pour un bref et très éclatant tutti dont les teintes flamboyantes et les accents vigoureux font curieusement penser à certaines pages de jeunesse d’Ernest Bloch, que Gaubert n’a sans doute pas connues. « Mais la route est longue, et la tristesse le reprend. À l’horizon le soleil saigne, agonisant… la mer s’étend infinie… la nuit mystérieuse descend, enveloppe tout. » La musique du début reprend, mais en mode majeur. Ce n’est pas elle qui l’emportera cependant : en six mesures de coda aux harmonies d’un raffinement sublime — c’est le plus beau moment de toute l’œuvre — la vision s’évanouit dans le mystère de la sensible non résolue…

    Gaubert a dédié à tous ses amis de son orchestre, « en témoignage d’une longue et affectueuse collaboration », ce Concert en Fa, qu’il créa avec eux en décembre 1932 et qui, en sa magistrale concision et son inspiration claire et heureuse, demeure l’une des plus parfaites réussites. Les trois mouvements traditionnels s’inscrivent dans les cadres classiques avec beaucoup de liberté.
    Le premier mouvement, le plus étendu, semble rendre un hommage ému à Gabriel Fauré, celui de la Mort de Mélisande dans l’ample portique lent et majestueux, qui en retrouve le ¾ pointé et les belles harmonies modales, puis celui de Masques et bergamasques — dont Gaubert avait dirigé la création ! — dans l’Allegro moderato d’une écriture très virtuose et concertante, mettant tous les instruments en valeur, notamment le premier violon qui se taille de brillants soli. Les thèmes annoncent curieusement le premier mouvement du Concerto da camera qu’Honegger n’écrira qu’en 1948.
    Le deuxième mouvement donne congés aux cuivres, et son premier volet (Lent et doucement expressif) est même réservé aux cordes seules. Il est bâti sur une phrase adorable — il n’y a pas d’autre mot —, nouvel hommage au « maître des charmes », et dont la douce obsession ne quitte plus notre mémoire. Et ce n’est que graduellement que bois et harpe viennent rejoindre les archets dans la partie centrale, un Tempo di minuetto, à la démarche délicatement archaïsante, avant le bref retour, aux cordes seules évidemment, de l’envoûtante mélodie du début.
    Et nous terminons par une brève mais éblouissante bacchanale, où tous les pupitres de l’orchestre (souvenons-nous de la dédicace) sont à la fête et sollicités, séparément, au sommet de leurs possibilités. C’est un rondo très irrégulier, avec plusieurs refrains, de la toccata en doubles-croches du début à la joyeuse gigue en mode de Fa bondissant dans l’éclat des flûtiaux, en passant par l’espiègle éclat de rire en contrepoint presque bitonal dans les basses, et la ronde populaire des trois violons soli. Et la fête se termine par la pirouette en saut d’octave qui sollicite de son clin d’œil les applaudissements. Ah oui, notre Quercinois savait s’amuser et nous avec lui !

Harry Halbreich
© Timpani 2008 – Reproduction interdite

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